[Live Review] Puma Blue au Trabendo (Paris) : l’épiphanie…

Deux têtes d’affiche du trip hop étaient de passage à Paris à deux jours d’intervalle. Le samedi du week-end de Pentecôte, on commençait par Puma Blue, qui incarne l’avenir d’un courant que l’on pensait, bien à tort, moribond…

Puma Blue Trabendo JB 01
Puma Blue au Trabendo – Photo : JB

Joie : le trip hop n’est pas mort, il bouge encore ! La preuve avec deux têtes d’affiche du genre en concert à Paris à deux jours d’intervalle, durant ce week-end de la Pentecôte écrasé de chaleur… Affichant plus d’une génération d’écart, Adrian Thaws alias Tricky (58 ans) et Jacob Allen alias Puma Blue (31 ans), ne sont pas dans les mêmes dynamiques de carrière, et cela se ressent sur leurs publics respectifs. Pourtant, leurs arts sont proches : deux artisans des mélodies et des ambiances complexes, sculptées à coups d’électronique, dub, ambient, jazz, rock… Bref, des musiciens de trip hop bien vintage, qui cherchent, à leurs âges respectifs, à le transcender pour lui faire dépasser ses frontières naturelles.

Puma Blue Trabendo JB 02Ce samedi, commençons par Puma Blue, l’une des révélations trip hop de ces dernières années, qui a sorti en février un cinquième album d’excellente tenue, Croak Dream. En ce samedi soir chaud de fin mai, alors que les pelouses du parc de la Villette accueillent toujours une heureuse population en goguette, il faut zig-zaguer au milieu des fans de Lorie (!) se rendant au Zénith, pour pouvoir arriver à l’heure pour le début du concert. Annoncé à 20h30, sans doute aussi tôt car samedi soir de clubbing au Trabendo, le concert débute exactement à l’heure prévue, devant environ 600 spectateurs, soit une salle bien remplie pour cette date pas idéale, en plein milieu d’un week-end à rallonge.

Et là, surprise : le démiurge Jacob Allen est accompagné par quatre musiciens : il s’agit en réalité de son groupe habituel, composé de Harvey Grant (saxophone, clavier), Cameron Dawson (basse) et Ellis Dupuy (batterie), complété d’un guitariste d’appoint pour la tournée, assis sur un tabouret à gauche sur scène. Il y a beaucoup de casquettes sur scène, les faisant ressembler plus à un groupe américain que britannique. En tout cas, le musicien a les moyens de mettre en œuvre sur scène ses ambiances subtiles, et c’est tant mieux. C’est même un vrai groupe de rock sur scène, capable d’accélérer quand il le faut, tout en ménageant les subtilités électroniques et jazz de l’univers de Puma Blue.

C’est net sur la très belle Croak Dream lançant le concert, et ce sera vérifié plusieurs fois durant un set consacré d’abord à supporter le dernier album du même nom (7 des 16 morceaux), et rempli de très beaux moments. Là où le groupe est à son meilleur, c’est quand il trouve le point d’équilibre entre trip hop, rock et jazz, soit quand le saxophone est de sortie pour des solos qui se glissent parfaitement dans ces cathédrales sonores sans occuper tout l’espace non plus. C’est le cas sur Soft Porn, Hush, avec du piano joué par le même Harvey Grant, le climax de Hounds, étourdissant en milieu de set, la très jazzy Oil Slick… Et les musiciens sont également capables de partir sur une jam monumentale, sur Jaded, en onzième position, soit pas du tout à la fin du concert. Joliment inattendu et abrasif, salué comme il se doit par le public du Trabendo.

Les autres tendances du son Puma Blue étaient également bien représentées dans la setlist, avec d’abord le trip hop « canal historique », où l’on s’attendrait presque à entendre Allen entonner des Karmacoma partout. Les deux premières tracks du dernier album ont donné à ce titre de belles restitutions sur scène, Mister Lost en milieu de set, puis le single Desire en fin, avec ses gros beats très Mezzanine. En témoignaient les ballades plus cotonneuses — sublimes — Too Much, Too Much et Pretty (extraites du 3ème album délicat, Holy Waters), où la belle voix de Jacob Allen peut occuper une large palette, du murmure aux envolées à la Buckley/Yorke. Le chanteur, guère prolixe, introduit cette dernière chanson avec un long monologue marmonné expliquant, il nous semble, que parfois on se sent « ugly » dans la vie, on ne s’aime pas… et que cette chanson est pour les gens qui se sentent souvent comme cela (en cas de mauvaise compréhension de ce qui a été marmonné, écrire à la rédaction !). Plus tôt, Too much, too much avait déjà été dédiée aux brisés de l’existence, « ceux qui ont perdu leur toit, qui ont été séparés de leur famille… » Une attention aux autres et aux damnés de la vie qui, en quelques mots, en dit long sur la personnalité discrète de Jacob Allen, et sur ce que musique recouvre comme blessures cautérisées.

Au moment de conclure une heure et demie de concert de haute tenue, le chanteur remercie le public de les avoir acceptés, ces « musiciens britanniques timides » comme il les auto-décrit. Un groupe « de rock » finalement, d’une belle cohérence, et dont on se rend compte a posteriori, puisque c’était leur premier concert auquel on assistait, qu’elle a été établie au cours des années. Ainsi, dès 2021, Jacob Allen lui consacrait un film, montage de jams en studio et d’extraits de concerts, et comprenant des bouts de sons inattendus, comme des extraits d’interview de John Cleese : Phone Calls : A Short Film (visible sur YouTube). Une sorte de team-building appliqué à la création musicale collective, qui porte visiblement tous ses fruits ! Comme souvent avec les grands timides, on en aura pris plein les yeux et les oreilles avec les cathédrales sonores de Puma Blue, qui prouvent que le trip hop a encore de beaux jours devant lui, comme le public majoritairement dans sa vingtaine, en témoignait ce soir.

Jérôme Barbarossa

Puma Blue au Trabendo (Paris)
Production : Super !
Date : le samedi 23 mai 2026

Leur dernier album :

Puma Blue - Croak DreamPuma BlueCroak Dream
Label : PIAS
Date de parution : 6 février 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.