L’unique festival Americana de France a ouvert ses portes ce vendredi avec une soirée exceptionnelle au château de Poncé. C’est une date qui restera dans les mémoires.

Après une semaine caniculaire à Paris, je méritais bien un week-end revigorant pour me remettre d’aplomb. Ça tombe bien : le Festival Eldorado se déroule dans la Sarthe, assez loin de Paris pour offrir un vrai dépaysement, mais suffisamment proche pour permettre un aller-retour sans douleur. Pourquoi la Sarthe et Vancé ? Tout simplement parce que c’est le lieu de vie de Michel Pampelune, qui depuis plus de vingt ans transmet sa passion pour l’Americana, du folk, du blues et de la country, d’abord à travers son label Fargo, puis aujourd’hui sa boutique et les artistes qu’il promeut dans l’Hexagone. Après une première édition il y a deux ans, Michel a pris le temps d’organiser la suite cette année, et la programmation s’annonce franchement remarquable. Au moment de prendre la route pour la première soirée du festival, j’ai une pensée pour les équipes de Solidarité Sida en ce jour d’annulation de Solidays pour cause de canicule. L’écosystème des festivals souffre : les cachets des artistes reconnus augmentent année après année, et les aléas climatiques font peser un danger croissant sur leur santé financière.
Raison de plus pour être présent ce week-end dans la Sarthe pour un festival qui prendra toute sa mesure le samedi avec huit concerts, mais qui démarre avec un apéritif sympathique dès le vendredi soir : Barbara Forstner et Dylan LeBlanc devant les murs du château de Poncé, dans la cour de ce joli château Renaissance.
C’est donc à 19 h que j’arrive devant l’entrée du château. Le ton est donné dès l’arrivée : du trottoir s’élèvent déjà les sons majestueux de Harvest Moon, de Neil Young, choix logique pour une soirée consacrée à des auteurs-compositeurs s’accompagnant de leur seule guitare. À l’intérieur, de sympathiques sandwichs locaux, des boissons locales et le merch. Tout est prêt pour passer une bonne soirée avec environ 200 amis qui semblent globalement être de vrais fans de musique américaine, et pas seulement des curieux.

Installons-nous donc devant la petite scène et profitons du moment. La température a baissé et, si la lourdeur est encore là, cette fin de soirée semble enfin desserrer l’étau de la chaleur ; les conditions sont tout simplement magiques. Barbara Forstner n’est pas une inconnue puisque nous vous avons relaté sa première partie parisienne au Supersonic Records il y a peu. Barbara est une Franco-Américaine qui a sorti un joli disque, Long Long Gone, fin 2025. Elle a tout ce qu’il faut pour percer dans ce style de musique : des compositions sensibles, souvent basées sur des expériences personnelles (en ce qui la concerne, c’est souvent lié à un séjour à Rome), une technique irréprochable à la guitare et une voix superbe, qui émeut lorsqu’elle s’élève dans ce cadre extraordinaire et peu banal. Je reconnais plusieurs titres déjà entendus à Paris, comme Building a Home, William, East Coast et la superbe Toy. Red Shades, White Walls fait penser à Joni Mitchell, une influence évidente tout au long du set. C’est un excellent début pour le festival : une jeune femme qui reprend le flambeau de tous ses glorieux aînés. Barbara prépare actuellement un nouvel album, qui sortira dans six mois, et en interprète quelques titres en exclusivité. C’est évident : je l’écouterai et nous vous en parlerons ; ces extraits sont prometteurs. Il est 20 h 30 et c’est l’heure de faire le tour du parc, de siroter une bière en profitant de ce cadre enchanteur, puis d’aller acheter le CD de Barbara en la félicitant.

Mais à 21 h 15, il faut être ponctuel pour ne rien rater de Dylan LeBlanc. LeBlanc s’est fait une jolie place dans le monde Americana depuis le séminal Paupers Field, en 2010. Nous fêtons déjà les dix ans de ce qui est peut-être son meilleur disque, Cautionary Tale, et LeBlanc a élargi son public avec Renegade, en 2019, qui lui a permis de toucher une audience plus rock. LeBlanc est un fidèle du festival puisqu’il était déjà à l’affiche de la pluvieuse première édition, et Michel Pampelune l’a souvent fait venir à Paris. Ces deux-là s’apprécient beaucoup, et LeBlanc est ravi d’être là. L’étape sarthoise, entre un périple en Norvège pour voir sa fille et des concerts à Kansas City, n’a rien d’une évidence géographique. Il est là par amitié autant que par plaisir, et cela transparaîtra tout au long de la soirée, du début du set aux longs moments passés en selfies ou en dédicaces.
C’est une évidence, et Michel Pampelune l’a rappelé dans son introduction de l’artiste : LeBlanc est l’un des seuls à être aussi à l’aise avec un groupe qu’en solo, se rapprochant ainsi de Neil Young. Il était donc musicalement le choix logique pour ce format de concert, en plus d’être le choix du cœur. On s’attendait à ce qu’il pioche dans ses premiers albums, qui se prêtent bien à l’exercice, mais il surprend l’auditoire avec sa version de Burn Burn Burn, l’un des joyaux de Renegade, ici bien loin de ses arrangements luxuriants en studio. Le concert va ainsi alterner les interprétations fidèles aux originaux des premiers disques et les réarrangements des titres rock. Le morceau-titre Renegade sera l’un des grands moments de la soirée, Dylan rappelant qu’elle fait référence à son frère cadet, un personnage plus grand que nature qu’il aime malgré ses démons. Quel que soit l’habillage qu’on lui donne, c’est tout simplement une grande chanson. Mes trois titres préférés de Cautionary Tale sont de la fête : le morceau-titre, Look How Far We’ve Come, même sans les cordes, et surtout cet incroyable Easy Way Out, à l’intro rappelant le Out on the Weekend du maître Loner. Le moment touche à la grâce : en levant la tête vers ces vieilles pierres, porté par ces sons majestueux, je me dis que le paradis n’est pas si loin, et qu’importe si l’intensité mise par Dylan lui fait parfois malmener sa voix singulière. Sa guitare, elle aussi, mérite qu’on s’y arrête : magique de bout en bout, malgré les désaccordages fréquents provoqués par la chaleur, qui auront donné du fil à retordre aux deux artistes de la soirée.
Coyote sera représenté aussi par son morceau-titre, mais également par une trilogie Dust / Forgotten Things / Hate. J’ai nettement moins écouté Coyote que Renegade ; ça doit être dû à mon amour pour Tom Petty qui me fait préférer a priori Renegade. La soirée m’a donné une furieuse envie de rattraper cette injustice, et je le fais en écrivant ces lignes.

Enfin, cadeau pour les fans de la première heure, les somptueux extraits de Paupers Field : Low, qui a fait démarrer l’histoire, Honour Among Thieves, Emma Hartley, belle à pleurer, et… If the Creek Don’t Rise. Comment l’interpréter en solo alors que LeBlanc avait Emmylou Harris dans l’enregistrement studio (la classe, quand même, pour un premier disque !). En trouvant une autre voix, bien sûr, et c’est la divine Alela Diane qui monte chanter avec LeBlanc. Elle est évidemment présente sur le site, puisqu’elle figure avec son groupe parmi les grands rendez-vous du samedi. Sans surprise, le duo fait des étincelles et les larmes sont proches, avec une pensée pour les amis qui n’ont pas pu venir ou pour ceux qui avaient choisi les sirènes de France-Norvège…
Après un bref rappel, il va revenir pour un cadeau à Pampelune, un bouleversant Lone Rider qui semble les unir tous les deux.
Il est 22 h 30 : l’heure, évidemment, de rester sur place pour le débrief et la bière locale.
Ce soir, Poncé-sur-Loir a eu des airs de Floride. Vivement demain et la grande journée à la Scierie de Vancé !
Barbara Forstner : ![]()
Dylan LeBlanc : ![]()
Laurent Fegly
Dylan LeBlanc et Barbara Forstner au Festival Eldorado
Promotion : Michel Pampelune / Eldorado Americana Festival
Date : le vendredi 26 juin 2026
Leurs derniers disques :
Barbara Forstner – Long Long Gone
Label : Autoproduit
Date de sortie : 28 novembre 2025
Dylan LeBlanc – Coyote
Label : ATO Records
Date de sortie : 20 octobre 2023
