Temples – BLISS : alors, on danse !

Le nouvel album de Temples propose une évolution plus radicale que les précédents, avec un passage à un psychédélisme basé sur les synthés et une incursion sur les dance-floors. Est-ce un bien ou un mal ? Le débat est ouvert…

Temples

Temples a toujours été un groupe problématique. Dès le premier album, le fameux Sun Structures, généralement adoré, le débat a fait rage entre ceux qui célébraient le retour flamboyant d’un psychédélisme 60’s parfois « sydbarrettien », assorti de mélodies réellement impériales, et les autres, qui y voyaient un disque de « faiseurs » habiles, sans originalité. Heureusement la suite de la discographie du groupe de Kettering lui a permis de gagner une véritable crédibilité : chaque album a marqué une évolution nette de la musique, débarrassant Temples de son image de recycleurs nostalgiques. Et le révélant comme un groupe recherchant la meilleure manière de faire vivre le psychédélisme à notre époque, en lui donnant à chaque fois des couleurs et une forme différentes… Sans pour autant sacrifier les mélodies pop, qui sont toujours restée essentielles. D’excellentes prestations live ont de plus renforcé l’amour porté au groupe par ses fans.

BLISSTrois ans après un Tropico certes irrégulier, mais particulièrement charmant, Temples revient avec ce BLISS qui, tout en poursuivant cette volonté d’évolution permanente, marque une rupture plus nette avec leur ADN (ou plutôt ce qu’on pensait être leur ADN). Dès Jet Stream Heart, la superbe intro de BLISS, avec son irrésistible mélodie et ses couleurs « arabisantes », on est dans une atmosphère bien différente de ce à quoi le groupe nous a habitué : exit les guitares, bonjour aux synthés et à l’électronique. Adieu aux sixties (au Pink Floyd d’Atom Heart Mother et aux Byrds), bonjour au début des nineties, lorsque Happy Mondays faisait exploser les dance floors dans des transes hallucinées. Pourquoi pas ? Après tout, le psychédélisme est plus un état – un état d’esprit, un état du corps, sous l’influence ou non de substances bizarres – qu’un style musical : les machines et les textures genre « Madchester », alliées à la répétition hallucinée de thèmes ou de rythmes, ont le même effet troublant que les guitares armées de pédales d’effets ou les sitars exotiques. Après tout, King Gizzard en fait la démonstration – imparable dans son cas – depuis plus d’une décennie, et Tame Impala a déjà lui-même pris ce virage vers l’électro, il y a quelques années (bon, ce n’était pas très convaincant, d’accord…) : alors pourquoi pas Temples ?

Certains déploreront, et on les entend, qu’un groupe qui a toujours dégagé un sentiment de sensibilité et d’élégance, à l’image de son leader, le charmant James Edward Bagshaw, perd un peu de son âme en privilégiant cette fois une forme musicale moins raffinée, plus physique qu’émotionnelle. D’autres – dont nous sommes – noteront que BLISS contient moins de mélodies évidentes que ses prédécesseurs, ce qui peut être vu comme une perte d’inspiration, les machines et les beats servant alors à cacher ce relatif appauvrissement. Mais, même si ces réserves ne sont pas absurdes, il est impossible de nier que le groupe – qui a produit lui-même ce nouvel album – est particulièrement engagé dans la réinvention de sa musique, ne manquant jamais d’idées, comme cette étrange utilisation solennelle de chants grégoriens (?) dans Revelations, un titre qui peut ensuite évoquer New Order !

Megalith, même s’il n’a pas la force évidente de Jet Stream Heart, et souffre d’une mélodie manquant d’originalité, se révèle un titre littéralement enthousiasmant, qui nous propose une manière positive et optimiste de nous envoler, de nous évader de tout ce qui nous retient au sol : « Can’t carry on / I’m set in stone / Stop what you’re doing / Listen to the heart go / Stop what you’re thinking / You can hear the blood flow /’Round » (Impossible de continuer ! / Je me sens figé dans de la pierre ! / Arrête ce que tu fais / Écoute ton cœur battre / Arrête ce que tu penses / Tu peux entendre ton sang circuler / Tout autour). L’ultra-puissant Glimmer arrache tout sur son passage, grâce à une basse monstrueuse et à des montées électroniques redoutables, soufflant le chaud et le froid avec le chant sensible de Bagshaw et avec un final atmosphérique. Blue Flame est une autre belle réussite, mid tempo planant et mélodieux, posé sur un beat curieusement lourd. Vendetta est conçu pour le dance floor, avec une approche oscillant entre la méthode mélancolique de New Order et l’inspiration exubérante de Daft Punk.

Si la seconde face est globalement moins forte que la première, Waiting On The Echoes est une belle chanson synth pop 80’s qui évoquera Future Islands (avec évidemment un registre vocal bien différent), et la conclusion de Fantasy Realm, extrêmement enthousiaste (« Faith, return to me / And I’m starting to feel / Enter a new life / On the fantasy realm » – Foi, reviens vers moi / Et je commence à ressentir / L’entrée dans une nouvelle vie / Au royaume de la fantaisie), explicite clairement le sujet de ce disque : Temples a désormais abandonné sa posture de « gardien du temple rock psyché », et a clairement retrouvé le plaisir de composer et de jouer. Et c’est une excellente nouvelle !

Eric Debarnot

Temples – BLISS
Label : V2 Records
Date de parution : 26 juin 2026

 

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