Derrière les atours d’un grand film historique classique, La Bataille de Gaulle délaisse progressivement l’épopée militaire pour raconter un combat autrement plus décisif : celui de la souveraineté politique française face aux grandes puissances alliées. Une réflexion qui trouve aujourd’hui un écho inattendu.

Pour être parfaitement honnête, la motivation à voir ce nouveau volet de 2h40 du diptyque sur De Gaulle avait plus à voir avec la température promise dans la salle que ce qu’allait proposer l’écran. La canicule aura ce rare bénéfice d’avoir, à la veille de la fête du cinéma, boosté la fréquentation des salles qui en ont bien besoin.
Il faut dire que les maladresses d’écriture du premier opus n’incitaient guère au rempilage. Il s’avère pourtant que cette suite directe fonctionne bien mieux. Certes, le film n’est pas un revirement total, et l’unité générale est maintenue, notamment autour de cette figure du Général, toujours dans une raideur un peu atypique, quelques dialogues lourds, et une gestion assez laborieuse des effets visuels sur les fumées ou les explosions dans les scènes de combat.
Mais le récit gagne clairement en fluidité, dans une gestion habile du montage alterné qui distribue avec efficacité les différents acteurs de la reconstruction nationale : Moulin sur le sol occupé, Leclerc sur le théâtre des opérations en Afrique du Nord, De Gaulle à Londres ou Alger. Loin de la romance insipide du premier chapitre, chaque segment se tresse aux autres dans une urgence croissante, sur un échiquier géopolitique complexe pourtant établi avec clarté.
Ce souffle nouveau, résolument lyrique, renoue avec une tradition résolument académique, voire pompière, mais qui s’avère ici assez légitime. Les montées en puissance soutenues par une musique omniprésente, la place accordée aux chansons, notamment dans celle entonnée par la Division Leclerc lancée à pleine vitesse dans le désert, insufflent une émotion collective qui viennent pallier les limites des scènes de combat.
Car le film reste assez modéré dans sa mise en scène, alors qu’on pouvait espérer un certain panache esthétique dans un projet aussi ambitieux. Mais son propos est finalement moins épique que politique : la Bataille de Gaulle est avant tout celle d’un homme qui tient bon pour porter et accompagner la résurrection d’une nation humiliée. À l’heure où l’Europe doit remettre en question ses partenariats traditionnels à l’échelle internationale, il est instructif de se repencher sur l’acte de naissance contrarié d’une telle alliance. Alors que la geste traditionnelle a toujours concentré ses efforts sur les combats des Alliés contre la barbarie nazie, le film déplace la focale sur les luttes internes dans le triangle tendu entre De Gaulle, Churchill et Roosevelt, où le premier refuse la tutelle qu’on prévoit pour son pays. Une basse cuisine où tous les coups sont permis, déjà par l’entremise de photos dans la presse. Si le patriotisme traditionnel reste éminemment portraituré par la figure tutélaire du héros militaire Leclerc, le film cherche aussi à questionner ce que signifie l’indépendance et la lutte constante face aux élans impérialistes des puissants, et n’est pas sans évoquer le destin actuel de Volodymyr Zelensky.
Quand l’académisme peut contribuer à enrichir la mémoire de ce que l’Histoire a conçu dans les alcôves des décisionnaires, la bataille peut s’achever sur une petite victoire.
![]()
Sergent Pepper
