[HBO Max] « House of The Dragon – Saison 3 » : pouvoir et destruction

Sans doute la meilleure saison de la série mal-aimée qu’est House of The Dragon, cette troisième volée de 8 épisodes semble avoir compris ce qu’elle voulait raconter, mais n’a pas complètement résolu la meilleure manière de le faire…

House of the Dragon S3
© HBO Max

Série généralement peu aimée, aussi bien par le public que par la critique, House of The Dragon n’a jamais été aussi mauvaise que certains le prétendent, mais a clairement échoué à recréer la magie « universellement reconnue » de Game of Thrones. Ce qui a forcément troublé sa production, amenant apparemment pour cette troisième bordée de huit épisodes, attendue comme une sorte de « saison de la dernière chance », à une quasi-rupture entre George R. R. Martin et le showrunner Ryan J. Condall. Et à une divergence de plus en plus forte entre le texte original, Fire & Blood de Martin, et l’histoire racontée par la série.

House of the Dragon S3 affiche

Si le consensus est général sur le fait que House of The Dragon délivre enfin ce que beaucoup de gens attendaient, c’est-à-dire des batailles spectaculaires (avec des dragons !), tout n’est pas aussi simple, et cette nouvelle saison nous intéresse plus à plusieurs niveaux… même si on est encore loin de l’excellence. Explications.

Evacuons d’abord la question de ces fameuses grandes scènes épiques des épisodes 1 (Salt and Sea, Fire and Blood) et 8 (The Treasons at Tumbleton) : dans les deux cas – la bataille du Gosier (Battle of the Gullet) et la bataille de Tumbleton -, on a l’impression que les promesses en termes de spectacle sont tenues, et qu’on « voit enfin à l’écran l’argent investi ». Mais ce qui est plus intéressant, c’est que ces batailles ne sont pas des moments d’héroïsme ou de gloire – comme dans le cinéma hollywoodien – mais bien de véritables catastrophes, autant en terme de bilan humain que de défaite de la morale la plus élémentaire. Les dragons ne sont plus comme dans Game of Thrones des animaux merveilleux, mais sont représentés comme des armes de destruction massive, dont la détention et le contrôle fait basculer l’équilibre géopolitique du monde. Il est passionnant (et peut-être critiquable ?) de voir le dernier épisode démontrer que la « démocratisation » de l’arme absolue devient elle-même une source de désastre encore plus grand !

Si cette troisième saison trouve un meilleur équilibre entre grand spectacle et scènes intimistes / machinations politiques, la narration reste perfectible, et il n’est pas interdit de trouver les épisodes 3 à 7 un peu longuets : c’est que la fragmentation des nombreuses intrigues et la multiplication excessive des personnages et de leurs histoires empêche encore que l’on s’attache réellement à eux. La sophistication du monde décrit dans House of The Dragon est clairement une barrière à l’émotion…

House of The Dragon S3 2

Au cœur de cette saison, il y a néanmoins une trajectoire qui est plus importante que toutes les autres : il s’agit de dépeindre la transformation de Rhaenyra, de victime d’une société sexiste qui lui refuse ce qui lui revient de droit – le Trône de Fer légué par son père – en dirigeante autoritaire. Cette histoire est évidemment le miroir de celle de Daenerys dans Game of Thrones, ce fameux « dérapage » de la dernière saison dans sa dernière partie qui avait scandalisé la vaste majorité des fans… mais avec une différence importante : cette fois, la série prend davantage son temps pour montrer cette corruption progressive. Grâce à cette approche plus complexe, plus nuancée, House of the Dragon évite la caricature, et évolue d’une histoire de conquête du trône vers une représentation de la corruption morale produite chez les hommes et femmes de pouvoir par l’intime conviction qu’ils / elles le méritent, ce pouvoir absolu. Ce qui, après tout, même si ça n’a rien d’original en soi, est une perspective pertinente sur nos systèmes politiques actuels !

Il nous reste maintenant à espérer que cette embellie sera confirmée par la quatrième et dernière saison, qu’il nous faudra attendre deux ans. En tous cas, elle pourrait constituer une réelle réussite si elle continue à creuser un sujet commun aux différents fils narratifs qui s’entremêlent, c’est que ses personnages les plus notables (Rhaenyra, Alicent, Daemon, Aegon, Aemond…) semblent, avec le temps, avoir oublié pourquoi ils se battent. Si la famille Targaryen s’autodétruit, si ses membres continuent à se combattre, c’est parce qu’ils ont déjà tellement sacrifié qu’ils ne peuvent plus accepter que ces sacrifices aient été inutiles : le conflit entre eux a fini par produire ses propres raisons de continuer, et ne saurait se conclure qu’avec l’éradication – ou tout au moins l’épuisement total – des belligérants. Un peu comme ce que nous constatons en ce moment avec le conflit ukrainien où les Russes n’ont plus d’objectif militaire concret dans leur offensive contre leurs frères ennemis ukrainiens. Espérons que Poutine, depuis son blockhaus secret, regarde House of the Dragon, et réfléchisse à l’inanité de cette logique.

Eric Debarnot

House of the Dragon – Saison3
Série US de Ryan J. Condal et George R.R. Martin
Avec : Emma D’Arcy, Matt Smith, Olivia Cooke, Steve Toussaint, Sonoya Mizuno…
8 épisodes de 1 h, mis en ligne (HBO Max) de juin à août 2026

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