Westside Cowboy – It Goes On : une attente récompensée

C’est un album très attendu qui sort à la fin d’un mois d’août riche en nouveautés. Après deux EP prometteurs et des concerts qui ont fait monter leur réputation, les quatre jeunes mancuniens de Westside Cowboy sortent un premier album d’excellente facture, puisant dans le meilleur du rock indépendant américain et d’une originalité folle.

Westside Cowboy Photo Clementine Schneidermann
© Clementine Schneidermann

Le 7 mars dernier, le bouche à l’oreille avait fonctionné à merveille pour le concert de Geese au Bataclan. Et il n’était pas relatif à la tête d’affiche, mais de façon plus étonnante à sa première partie. Deux semaines avant ce concert, trois personnes différentes m’avaient conseillé de, surtout, bien arriver à l’heure. La raison ? La première partie était assurée par Westside Cowboy, nouvelle sensation anglaise du moment, du haut de ses deux EP. Comme ce n’était pas la première fois qu’on m’avait fait ce coup, la méfiance était naturellement de mise, les médias anglais et les réseaux sociaux étant, il faut bien le reconnaître, assez friands de ce genre de découverte, très vite oubliée ensuite. Un nom avait même été trouvé pour décrire leur musique : la Britainicana, sensée être une synthèse de la tradition pop anglaise et d’une influence musicale américaine. Une demi-heure de concert plus tard, nous étions plusieurs à avoir été totalement convaincus : énergie, compositions subtiles et attitude, ceux-là, c’est du sérieux et ils méritent d’être surveillés.

It Goes OnCinq mois plus tard, l’album est enfin là, et la pochette prouve que le groupe compte bien continuer à surfer sur cette dualité anglo-américaine, puisqu’elle représente un cheval perdu sur une pelouse devant des HLMs que l’on imagine bien symbolisant une banlieue pauvre anglaise.

Il débute par un titre qui avait été dévoilé au Bataclan, ce Kick Stones (The Boys) à la rythmique très Feelies, et donc aussi Velvet Underground, celui de Beginning To See The Light ou de …What Goes On. Les voix de Ruben Haycocks et Aoife-Anson O’Connell s’imbriquent parfaitement, l’une grave et l’autre acidulée. Paperchains poursuit sur un mode lumineux et met en valeur leur formidable batteur, Paddy Murphy. La structure du morceau et ses guitares font clairement référence à l’indie rock américain, avec le côté slacker de Pavement ou Parquet Courts, que l’on retrouvera sur la plupart des titres, notamment Patchwork qui a tout des plus belles balades composées par Malkmus. De fait, si le son du groupe est encore anglais un peu à la manière de Wedding Present, c’est malgré tout le côté américain qui ressort de ce disque.

C’est encore plus frappant dans Dobro, avec Westside Cowboy chassant sur les terres du Wilco de Sky Blue Sky, et notamment des impeccables Impossible Germany et You Are The Face, quand la guitare de Nels Cline part en dissonance et semble vouloir jouer un autre morceau que celui composé par Tweedy. Ici tout le crédit est à donner à James Bradbury, dont la guitare éruptive traverse le titre. L’extrême coolitude de Big Wheels est également à ranger dans un dad rock que l’on n’imaginait pas imprégner autant ce premier album.

Pin Up Boys a, quant à elle, tout du morceau taillé pour la scène, figurant dans la setlist depuis quelques mois déjà, et possédant une énergie communicative bien venue. Facile de l’imaginer en rappel, elle sera à coup sûr réclamée pour quelques années par le public désireux de communier avec ses nouveaux héros.

Nous avons cité beaucoup de références, mais les Westside Cowboy ont néanmoins un son propre, qui se matérialise principalement par le travail sur les voix. Coyote en est l’exemple parfait avec Aiofe en lead. Si l’on a du mal à ne pas penser à la naïveté du chant de Maureen Tucker, c’est l’un des titres les plus intéressants, avec un côté pastoral qui s’inscrit dans une pure tradition anglaise, avant un final plus électrique. C’est aussi l’un des moments où le groupe est le plus engagé sur le plan environnemental : « This is the most beautiful place on planet Earth / And I′m killing it with every step » (C’est le plus beau endroit sur terre / Et je le tue à chaque pas).

Et puis il y a ce Worried Age, plus longue plage de l’album avec ses quatre minutes, placée opportunément au centre. Difficile de ne pas en faire le titre fort, et également l’exemple parfait de l’écriture du groupe : Ça commence doucement, avec les deux voix fragiles, entremêlées comme les guitares, de Reuben Haycocks et Jimmy Bradbury, accompagnées par la basse, et puis ce que nous pressentons dès le début se produit : une longue montée en tension à partir du signal donné par la batterie d’un Murphy qui se déchaine sur le dernier quart avec le reste du groupe au bord de l’implosion.

En avant dernière position, Take My Leaving As I Love You sidère. La chanson est d’un dépouillement total tout au long de ses trois minutes, la voix de Reuben proche du murmure, avec une guitare acoustique qui fait le strict minimum. C’est le seul morceau avec une seule voix, il montre Reuben dans son intimité, sans ses amis. You Could Have Died There On The Dancefloor est une conclusion qui remet de l’énergie avec des guitares abrasives. La référence aux Arctic Monkeys est patente : pour ces derniers la piste de danse était l’endroit où l’on se sentait fort et séducteur. Pour Westside Cowboy, c’est un endroit dangereux, où l’on peut ne pas se sentir à sa place. Est-ce un signe des temps, vingt ans plus tard, ou plus simplement la traduction de personnalités plus angoissées ?

Certains seront peut-être déçus par la sagesse et l’évidence de ce disque, surprenantes de la part de musiciens aussi jeunes. Un peu comme si les Teenage Fanclub avaient sorti Songs From Northern Britain directement sans passer par la phase Bandwagonesque. Au fur et mesure des écoutes, It Goes On se révèle bien plus complexe et habilement construit qu’il n’y parait.

On notera également que, bien que le groupe vienne de Manchester, nous sommes bien en peine de trouver dans It Goes On des traces de leurs glorieux aînés de cette scène. Pour tout dire, le son du groupe est totalement à part sur la scène anglaise actuelle.

On ne peut qu’être curieux d’entendre la transposition live. Ça tombe bien : c’est pour bientôt !

Laurent Fegly

Westside Cowboy – It Goes On
Label : Island Records
Date de sortie : 21 août 2026

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