Chelsea Wolfe – The Dark : une métamorphose

Fruit d’une collaboration avec Jennifer Decilveo, The Dark est un tournant dans la carrière de Chelsea Wolfe, qui entame une sorte de périple dans le but de se débarrasser du poids de relations toxiques évoquées dans son précédent album.

Chelsea Wolfe
© Magdalena Wosinska

Il faut prendre conscience que nous sommes pris entre deux masses ténébreuses, il nous faut plonger dans la mort ambiante pour comprendre la dévastation du temps de la décomposition de nous-mêmes. Chelsea Wolfe a traversé les corridors du temps, a surmonté de nombreuses épreuves, et a réussi à sortir indemne d’une longue période d’angoisse existentielle.

The DarkEn l’espace de 20 ans, sa discographie s’est singulièrement recentrée vers une accalmie musicale, où parfois quelques réminiscences antérieures Goth-Metal remontent à la surface. Il serait inopportun pour quelque artiste que ce soit, de répondre aux desideratas du public ou d’un label. Chelsea Wolfe propose, à travers The Dark, une noirceur enluminée d’éclats furtifs. Bien qu’ayant conscience de cette fugacité, d’une vie qu’il ne faut pas surtout immobiliser, Chelsea a enregistré dans un excès de zèle, l’album le plus accessible depuis Birth Of Violence.

S’il est une pièce subsidiaire aux trois derniers albums précédents, le corpus de ce disque marque l’éloignement avec les ingrédients originels qui irradiaient sa musique froide, dense et hautement ténébreuse. Chelsea aborde un nouveau répertoire, et, à la première écoute, le disque souffre d’un syncrétisme qui a de quoi déboussoler son auditoire. Si le titre Cold – qui intronise The Dark – est dépouillé au possible, l’aspect dramatique des paroles dévoile sa vulnérabilité. Les blessures sont encore présentes, la beauté réside dans cette alchimie entre la guitare acoustique et le piano, suivis d’une rythmique précise en constante ascension, où les harmonies vocales atteignent les tripes. Seethe prend une tournure plus familière, au refrain qui désincarcère le couplet de son immobilisme, Chelsea convoque les fantômes du passé, dans un chant plus volubile, moins escamoté par des effets sonores, la voix est directe, sans fards. Dans Death is Not the End, sont condensées toutes les inspirations accumulées depuis son magnum opus Hiss Spun. Sa voix n’est pas noyée dans un mur shoegaze, elle affronte le monde avec un flambeau en main. La lourdeur sludge d’Abyss est ici évacuée, subsiste quelques étincelles du passé.

L’éventail musical de The Dark est empiété par quelques tournures romantiques (I’m Not There, Dancer In The Sky) voire vaguement Indies (le titre Swallower semble avoir été taillé pour un format radio), même si le domaine de l’affect s’approche d’une exégèse, il faut reconnaître que Chelsea Wolfe exprime, sous différentes facettes, cette mélancolie qui lui est propre, qui caractérise sa discographie. The Dark est plus lumineux que le titre ne le suggère, même si l’obscurité rampe en arrière-plan (Turn The Key) jusqu’au final où guitare et voix sont le chant d’un cygne qui délivre un souffle de soulagement. Humours rejoint ce qu’avait proposé Chelsea dans son album précédent, She Reaches Out To She Reaches Out To She, d’une base électro, elle pose sa voix comme sur un parchemin.

L’album s’avère être déroutant, mais au bout de plusieurs écoutes, il s’apprivoise comme une bête non plus blessée, mais guérie de ses cicatrices. Chelsea s’est offert le luxe de, outre l’aide du compositeur Ben Chrisholm, celle de la productrice Jennifer Decilveo (Bat for Lashes , The Strokes,  Miley Cyrus), d’où cette sonorité moins rêche.

Frank Irle

Chelsea Wolfe – The Dark
Label : Loma Vista Recordings
Date de parution : 21 août 2026 (Digital) / 18 septembre 2026 (Physique)

 

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