Un second roman à la fois touchant et nerveux qui décrit avec une forme singulière la trajectoire de vie d’une trentenaire en région parisienne. Avec différentes oppressions en toile de fond et illustrées par la vie du personnage principal, c’est toute une époque qui défile derrière l’écriture de Diaty Diallo.

Dounya est une trentenaire qui habite en région parisienne et qui s’apprête à voir sa vie changer. Aussi bien dans sa vie personnelle que sur un plan professionnel les choses évoluent et c’est l’occasion pour elle de faire un petit point sur ce qu’elle a pu traverser. C’est à partir de là que Diaty Diallo déploie la forme narrative de son roman en alternant des passages sur la jeunesse de Dounya et ses souvenirs et des passages qui reviennent au présent. En réalité, elle s’adresse à Darya la jeune fille qu’elle a été lorsque les passages reviennent sur son enfance ou son adolescence.

Dans les deux cas on retrouve la langue affutée de l’autrice qui restitue avec acuité l’environnement dans lequel évolue Dounya. Une langue qui offre au lecteur une grille de lecture unique de ce parcours de trentenaire au gré des amitiés qui se font et se défont. Petit à petit on découvre l’histoire de Dounya dans cette narration particulière, avec des fragments. Et tout comme le personnage on tente de recoller les morceaux, de comprendre pourquoi elle rencontre aujourd’hui ces galères dans sa vie amoureuse ou dans sa vie professionnelle. En sous-texte c’est aussi le portrait d’une époque et notamment d’une jeunesse que l’on voit défiler sous nos yeux (lorsqu’il est question de son alter ego Darya), avec plusieurs références musicales ou livresques.
L’écriture est aussi une façon de se libérer de certains passages de sa vie, en les couchant sur le papier pour ne plus les avoir en tête en permanence comme dans cet extrait et cet extrait le résume bien : « Si on écrit des choses, Darya, c’est pour plus avoir à les penser. » Il y a tout un travail sur l’écriture justement dans le livre, sur la forme, sur ce qu’elle apporte dans le roman. Un roman à part dans lequel il n’est pas forcément évident d’entrer au début avec la forme avant de se laisser porter ensuite.
La langue de Diaty Diallo est à la fois populaire et poétique, elle interpelle le lecteur en une tournure de phrase bien sentie ou bien vue. Ce texte sort clairement des sentiers battus et s’inscrit dans la continuité du premier roman de l’autrice qui lui portait notamment sur les violences policières. En fil rouge et comme dans l’extrait qui va suivre, il y a cette opposition bien présente entre le monde des adultes dans lequel vit Dounya et qui continue de la décevoir régulièrement, et le monde des souvenirs qu’elle regrette à plusieurs reprises : « Qu’est-ce que les adultes sont cons, Darya. C’est ma communauté maintenant, mais j’ai honte ».
On sent que la romancière parle de son expérience personnelle lorsqu’elle adopte un regard lucide à plusieurs reprises sur des situations qui sentent le vécu. Elle prend du recul et décèle des mécanismes racistes ou misogynes grâce à cette prise de recul, grâce à ce pas de côté qui ne manque pas d’autodérision tout au long du roman. Elle écrit par exemple des lettres à des hommes qu’elle a pu croiser et qui font émerger une colère en elle tandis qu’en toile de fond on discerne des enjeux plus politiques, notamment lorsqu’il est question d’un racisme plus structurel.
On voit défiler les scènes et l’alternance entre le passé et le présent permet au lecteur de saisir ce qui reste ou non d’une jeunesse, lorsque l’on devient adulte et que les années passent. Darya & Dounya est un roman qui détonne avec des références qui dessinent toute une époque.
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