En publiant chez Dargaud J’ai toujours rêvé d’être un fermier, récit autobiographique tendre et lumineux, Jean Harambat signe une ode sensible à la ruralité gasconne, sublimée par son élégant coup de pinceau.

Après avoir arpenté le globe, de l’Australie à l’Amérique du Sud en passant par l’Afrique, et mis sa formation philosophique à l’épreuve du réel comme logisticien humanitaire, Jean Harambat choisit de poser ses valises là où tout a commencé : sa Gascogne natale. Dans sa riche bibliographie, souvent marquée par de grands récits d’aventures et des reconstitutions érudites — comme Les Invisibles ou l’excellent Opération Copperhead —, J’ai toujours rêvé d’être un fermier s’impose comme le point de passage obligé de la maturité. C’est l’album où l’auteur troque le souffle de l’Histoire avec un grand H pour l’exploration intime d’un retour aux sources salvateur, transformant son parcours de grand voyageur en une quête de sédentarité profondément réfléchie.
Ce retour à la terre se traduit concrètement par un chantier à la fois intime et collectif : la rénovation d’une vieille ferme de laboureur. Pour mener à bien cette entreprise, l’auteur s’entoure de sa femme, de ses enfants, mais également de ses proches, s’installant non loin de la propriété de son frère. Ce projet devient le théâtre d’une magnifique histoire de transmission, incarnée par la figure centrale de son père, fils de paysan. La sueur et l’effort partagé dessinent une aventure du quotidien renforcée par la camaraderie de passage, à l’image des coups de main de Jonas, un géant norvégien. Sous le pinceau d’Harambat, le maniement des outils s’accorde au geste du dessinateur, révélant un parallèle évident entre le travail de la terre et l’artisanat de la bande dessinée, deux disciplines exigeant patience, discipline et humilité face à la matière.
Fidèle à ses premières amours intellectuelles, l’auteur insuffle une véritable dimension philosophique à cette chronique. En se pliant au rythme immuable des saisons, il signe une méditation sur la communion entre l’homme et la nature, rappelant qu’habiter un lieu implique d’apprendre à le respecter. Ce récit, empreint d’une grande douceur raisonnée, montre qu’après avoir cherché le monde à l’autre bout de la Terre, c’est finalement dans l’attention portée aux choses simples, aux paysages natals et aux savoir-faire transmis que l’auteur trouve sa plus belle expression artistique.

Christophe Pelletier
J’ai toujours rêvé d’être un fermier
Dessins, Scénario & Couleurs : Jean Harambat
Editeur : Dargaud
112 pages – 23,95 €
Parution : 10 avril 2026
J’ai toujours rêvé d’être un fermier — Extrait :

