[Live Review] SLB Fest : « Du Rock et du Blues quand il fait jour, du Metal la nuit tombée »

A Saint-Laurent, commune voisine d’Arras (62), une armée bienveillante de bénévoles organise un événement rock, familial et gratuit. Le samedi 12 septembre, le sixième SLB Fest a attiré 2500 spectateurs, ravis de suivre le credo « du rock et du blues quand il fait jour, du metal la nuit tombée »…

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Elno Liaz au FLB Fest – Photo : CG

… et c’est ainsi que, au premier rang, quand passent les heures, les enfants cèdent peu à peu la place aux adeptes de pogos et de circle pits. Neuf groupes étaient à l’affiche du festival, … et cinq d’entre eux nous ont particulièrement séduits : Secret Garden and the Dusty, Man, The Nucleons Project, Elno LiazMarch et  Deûle.

SecretGarden3Le duo Secret Garden and the Dusty Man a, d’entrée, donné envie de taper du pied. Couple à la scène comme à la ville, la chanteuse/percussionniste, lumineuse dans sa robe jaune, et le guitariste slide, grosse caisse au pied, harmonica au cou, ont emmené le public, déjà nombreux, dans l’Amérique rurale, au croisement du blues, de la folk et du boogie. Stop, repris en chœur par les spectateurs, ou Wake up – composé pour une vengeance bruyante contre leurs voisins, adeptes de karaoké jusqu’au bout des bières et de la nuit – propagent une bonne humeur contagieuse conforme à la philosophie véhiculée par leur irrésistible titre Keep Looking Up. Chapeau à plume sur la tête, pieds nus, le hobo aux faux airs de Laspalés – du duo comique Chevalier et Laspalès… pour ceux qui connaissent encore – se mêle aux fans, leur demande de s’accroupir et, rouge de souffler dans son harmonica, les fait se relever d’un coup avant de revenir sur les planches, ravi de l’accueil reçu. La précédente édition du SLB avait été quelque peu gâché par la pluie, celle-ci a débuté sous le soleil de Secret Garden and the Dusty Man.

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L’Amérique, celle du rock de l’âge d’or cette fois, est encore à l’honneur avec The Nucleons Project. Le quatuor, bas rouge et hauts zébrés pour notre plaisir, dégage une énergie folle, brille d’une intensité électrique. Les musiciens multiplient les poses autour de Claire, chanteuse à la voix… claire, variée et gentiment aguicheuse ; elle n’hésite pas à raconter ses histoires d’amour sur fond de « Dirty Psycho Sound & riffs criminels » (c’est eux qui le disent !) comme dans l’excellent Kiss The Sheriff.  Ses comparses, sourire aux lèvres, balancent leurs parties qui naviguent entre des STRAY CATS énervés et un MOTÖRHEAD apaisé ; oxymore ? Complices, les amateurs de gangsters et de vieilles voitures emmènent avec décontraction les festivaliers dans leur univers.

Entre une bière – plusieurs, oui, oui, plusieurs malgré une longue file d’attente – et un passage chez le barbier, entre un détour par le stand des écrivains ou l’espace des jeux en bois, sans omettre un passage entre les mains des maquilleurs, l’amateur de musique se promène dans un espace serein, dans une atmosphère tranquille… avant de se rendre sur la seconde scène, nouveauté 2026.

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Elno Liaz, vainqueur du tremplin offrant une place de choix, à 19 heures, au cœur de la programmation, dégage, à peine âgé de 18 ans, un charisme et une présence qui n’est pas sans évoquer un jeune Liam Gallagher… même si on s’emballe peut-être un peu. Serait-ce à cause des deux, non, trois, qui a dit quatre ? Bières déjà avalées ? Coupe-vent, lunettes noires, téléphone en main, il attaque son set par un message sur l’état désastreux du monde, entre montée du fascisme et guerres, affichant son soutien à la Palestine. « Tout concert est politique », assène-t-il dans la fougue de sa jeunesse, âme d’écorché vif, les nerfs à fleur de peau sous sa gueule d’ange. Cette saillie adolescente ne plaît pas à tout le monde, certes, mais qu’importe, les chansons du groupe – Elot à la batterie, Léo à la basse et Pablo, guitare – séduisent. Portés par des compositions de qualité dans la lignée de Fontaines D.C., dotées de riffs bien pensés soutenus par une section rythmique aussi sobre qu’efficace, les quatre adolescents brillent. Le chanteur, bien sûr, attire toute la lumière. Ses vocaux criés dégagent une intense authenticité comme sur l’émouvant To Save Your Heart. De plus, il donne de sa personne, plongeant dans la foule à deux reprises, finissant debout, porté par les fans, dans une position christique. Elno Liaz, un futur grand ?

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Retour ensuite, quand March attaque, devant la grande scène, baptisée « Ace of Stages ». Le quatuor paritaire – deux gars, deux filles – venu des Pays-Bas assène son punk rock enragé et engagé, entre alertes sur le changement climatique et défense des droits des femmes. Dans un esprit grungy, des refrains en voix claire succèdent à des cris rageurs comme sur l’imparable All on red. Portés par une batterie effrénée, les titres débordent de colère, mais d’un courroux positif, comme le clame Fleur Van Zuilen : « I found peace in chaos » (« J’ai trouvé la paix dans le chaos ») sur Second To Destroy.  Après être descendue dans la fosse pour communier avec les femmes présentes sur l’excellent Sisters of Rage, la chanteuse, ravie, remonte sur scène pour une dernière salve combative conclue sur un Heart Undressed digne des grandes heures du heavy metal.

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La nuit tombée accueille les chansons lugubres de DEÛLE. Le trio lillois, qui a pris le nom de la rivière qui fend sa ville, émeut et se meut dans un synth doom sinistre, reflet en noir et blanc des oppressions quotidiennes. Leur musique se place dans le sillage, spirituel plus que stylistique, de ce que fit feu HANGMAN’CHAIR. Le gris et la brume enveloppent les compositions sous tension (L’Appel du vide), sous la « Lune, quel esprit sombre / Promène au bout d’un fil, / Dans l’ombre, / Ta face et ton profil ? » (Alfred de Musset)

Des motifs cycliques incarnés par les claviers se posent sur des riffs qui lorgnent vers un black metal abrasif (Virée Nocturne) quand la batterie impose, à grands coups de cymbales, une menace constante, amplifiée par des lights rouges comme issus d’un giallo. Se dégage ainsi l’impression, dans les ruelles nocturnes d’un labyrinthe urbain, d’être suivi, avant que les cris ne rendent l’agression réelle : la lame fend l’air (Du Sucre Dans Le Béton). En rentrant à pied, tout seul, chez nous, dans les zigzags d’une marche enivrée, les ombres de DEÛLE nous suivront… comme les souvenirs embrumés d’un magnifique samedi de fin d’été.

Secret Garden :
The Nucleons Project :
Elno Liaz :
March :
DEÛLE :

Christophe Grès

SLB FEST au Complexe Cuvilly (Saint-Laurent)
Production : Association SLB
Date : le samedi 12 septembre

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