Anderson .Paak & Cordae – Heavy is the crown : Les Princes du Chill

Nouvel album collaboratif pour le prince du soul-rap chill, Anderson .Paak. Cette fois-ci c’est en compagnie de Cordae, autre spécialiste du genre. Un projet solaire, feutré, good vibes parfait pour réchauffer nos petits cœurs au cœur de l’automne.

Kaito

D’un côté, Cordae, le jeune MC de Caroline du Nord, deux fois nommé aux Grammys avec The Lost Boy puis From a Birds Eye View, qui porte sur ses épaules l’étiquette un peu lourde de sauveur du rap conscient. De l’autre l’inénarrable Anderson .Paak, l’homme-orchestre de Californie, batteur-chanteur-rappeur, dont le triptyque discographique Malibu, Oxnard, Ventura tient lieu de bande-son officielle à toute une génération biberonnée au soul-rap de cette dernière décennie. Sur le papier l’association tient de l’évidence : deux puristes, deux amoureux du vrai instrument, deux plumes qui se sont souvent retrouvés associés sur morceaux avant cet Heavy is the Crown commun.

Le projet arrive à un moment charnière pour les deux. Le premier cherche à sortir du rôle du “petit prodige” et à affirmer une identité plus adulte, moins démonstrative. .Paak, lui, revient d’un cycle Silk Sonic pop-soul en compagnie de Bruno Mars puis NxWorries avec le producteur Knxwledge  qui a brouillé un peu sa signature solo. Ce LP est l’occasion pour chacun d’élargir sa palette en même temps que de revenir à l’essentiel : du bon vieux boom-bap solaire et soulful, fait de caisses claires, de samples et de basses groovy à souhait.

Sans trop de surprises, les deux garçons excellent dans l’exercice. Cordae peut dérouler son flow technique et gagne même  en patience, ne cherchant plus à prouver qu’il peut rapper vite, il choisit ses silences, pose ses punchlines sans surligner. A.P joue lui le rôle du grand frère idéal. Il ouvre souvent les morceaux, pose des refrains fredonnés comme on soupire, et s’offre même quelques couplets efficaces où il prouve une fois de plus qu’en plus d’être un chanteur, il est un rappeur très honnête, à la texture agréable. Ils se complètent, se répondent, parfois se lancent dans des passes-passes à l’ancienne, très 90’s. L’alchimie est fluide, totalement naturelle.

Une osmose jusque dans les textes où chacun manie l’humour et le cynisme avec beaucoup d’élégance, joue des mêmes références. On parle rupture (Cordae d’avec la tenniswoman Naomi Osaka, Anderson de son mariage de plus de dix ans), les liens familiaux, la solitude mais avec beaucoup d’autodérision, sans jouer sur le pathos. Un angle qui colle avec l’ambiance feutrée, à la cool de l’album. Une atmosphère mise en boite par des maitres du genre puisque l’on retrouve un pool de beatmakers aussi différents que talentueux. Au boom-bap très old school de J.Cole (l’excellente introduction 58th Floor) répond une compo ronde, chaleureuse de 9th Wonder (You’re Mine) quand plus loin un beat plus lo-fi de Conductor Williams (Crown) peut jouer dans la même cour que Swizzz Beatz et un esprit plus street (Godfather II).

Court et concis, trente minutes, pas une de trop, aucune ambition de chef-d’œuvre, juste deux potes qui s’amusent en studio et nous invitent à la fête. Un disque chill, groovy, à écouter fenêtre ouverte même en octobre pour prolonger encore un tout petit peu l’été indien. Parfois la couronne n’est pas si lourde, et c’est très bien comme ça.

Alexandre De Freitas

Anderson .Paak & Cordae – Heavy is the Crown
Label : Mass Appeal
Date de sortie : 23 octobre 2026

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