Avec 5 albums au compteur, le groupe Suisse Coilguns continue sa traversée temporelle avec un nouvel album détonnant, où se côtoie un Noise Rock ficelé à un Post Hardcore renouvelé que le quatuor a enregistré sous la houlette de Scott Evans (Kowloon Walled City, Great Falls, Neurosis..).

Coilguns a épuré ses riffs, simplifié ses structures bien que Peace Trader évolue dans un magma sonore caractéristique de la pâte du groupe, où s’est logé une colère froide, que l’on retrouvait déjà dans Odd Love (2024). Le choix est assumé, il y a toujours ce chant frontal de Louis Jucker, avec cette fois-ci quelque chose de plus viscéral. La démarche artistique du groupe en est toute autant fascinante, depuis leurs débuts en tant qu’indépendants jusqu’à la création du label Humus Records par le guitariste Jonathan Nido, bidouillages, bricolages et assemblages sonores, se sont greffés depuis. Avec ce nouvel album, Coilguns s’est recentré sur la composition, après une tournée Européenne épuisante, le groupe a tout de même réussi à enregistrer dans la foulée en y insérant des instruments acoustiques, des synthés analogiques, du piano. Le groupe n’a pas écarté son côté décapant, abrasif, bien au contraire, il demeure dans son registre une étrangeté qui les différencie des autres. Replicant Crisis démarre en trombe, dont les riffs évoquent Breach, la comparaison s’arrête là, la tournure du titre prend d’autres directions, accalmies puis remontées, enclin à restituer le climat anxiogène dans lequel le monde s’est réfugié. Les textes indiquent combien le groupe est fatigué, épuisé par l’actualité en continu que déversent les médias.

Punisher Disclaimer bascule dans une totale frénésie, une approche décomplexée de l’utilisation de la guitare et cette violence libératrice qui explose comme un exutoire. Everything We Love, We Destroy bénéficie d’une qualité sonore rare, Days before the War suspendant momentanément la furie du groupe, et fait le lien avec Teach ourselves, expériences que le groupe a accumulé et qu’il restitue ici avec brio. Riffs de guitares astronomiques, basse bourdonnante et battements monumentaux. Le curseur est poussé vers quelque chose de vertigineux, dont les nuances ( montées soudaines et chutes, accélérations et ralentissements ) sont des marqueurs de Coilguns. Brisures rythmiques, reliefs des guitares, tout y est imprévisible. Une nouvelle fois, la surprise est totale, il en sort de ce maelstrom quelque chose de poignant.
Nous vivons aux côtés de la mort, et le point de bascule tient à l’équilibre d’un fil ténu. Notre plus grande obsession est de chercher à reconstruire autour de nous une société fictive, Coilguns rentre de plein fouet dans le réel, cet équilibre ne fait jamais défaut, et dans ce nouvel album complètement jouissif, aucun titre n’est superflu, chaque chanson est imprégnée de cette énergie efficace et hautement inspirée. Tenaillé par les vicissitudes du monde, Coilguns déclame ses textes et sa musique à qui veut l’entendre, il ne suffit pas de tendre l’oreille, il faut s’immerger totalement dans ce disque prenant, audacieux. Il vous faudra passer par sa rhétorique de l’enfer, par ce monstre ultime, avatar de l’épouvante pour revenir encore et encore sur cet album et comprendre la démarche du groupe. Et la magie devient pérenne sur toute la durée du disque. Coilguns est capable, avec cette vivacité intuitive que la ferveur délègue aux véritables passionnés, d’éveiller les paysages engourdis, de délivrer tant de rêves avortés, mais surtout de délivrer un message universel.
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Franck Irle
