« Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968) », d’Hervé Bourhis : le « sur-vivant »

Dans la deuxième partie de sa quadrilogie sur les membres des Beatles, Hervé Bourhis nous raconte avec humour et tendresse la jeunesse « Dingle-dingue » du futur Ringo Starr et comment une coupe de cheveux a contribué à ce qu’il devienne le pilier du groupe.

Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968) - Hervé Bourhis
© 2026 Bourhis / Casterman

Quand une encyclopédie vivante de la BD me demande si, en tant que fan des Beatles, et porté sur le neuvième art, je pouvais faire la chronique de ce livre, je me suis interrogé : Fan des Beatles, vraiment ?

Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968) - Hervé BourhisBon OK, mon fils s’appelle Paul et mon chat … Ringo justement, mais c’est (presque) une coïncidence. En vérité, je crois que nous partageons avec Hervé Bourhis une certaine admiration, voire un amour pour les Fab Four, que nous essayons de faire partager, lui dans le dessin, moi dans la musique (à un très modeste niveau, pour ce qui me concerne).

Après notamment le touchant (et passé trop inaperçu) Retour à Liverpool qui imagine le retour des Beatles dans leur ville de naissance à l’hiver 1980 et l’an dernier un premier portrait de Paul Mc Cartney dans ses galères post séparation, l’auteur-graphiste-coloriste remet le couvert et nous fait découvrir cette fois-ci l’enfance et toutes les pérégrinations de Richard « Bagouzes » (d’où son alias) Starkey pour s’imposer au sein du groupe des « Quatre garçons dans le Vent », notamment en raison d’une frange dont Pete Best ne voulait pas entendre parler. Ceci avant de claquer la porte pour une dizaine de jours pendant l’enregistrement du « Double Blanc » et de partir en Sardaigne pour un flashback sur sa vie, point de départ du livre.

Un Vent (des Quatre, vous suivez ?) que Ringo a eu trop souvent dans le nez (si proéminent qu’il occupe souvent un bon quart d’une bulle), du moins durant au moins les vingt premières années de sa vie. Hervé Bourhis raconte en observateur tendre sa naissance dans le quartier banlieusard glauque de Dingle, son père absent, son enfance passée pour une grande partie sur un lit d’hôpital pour de multiples pathologies, si bien qu’il n’ira quasiment pas à l’école. Toutes ces expériences parfais très dures (les bagarres avec les petits marlous du quartier notamment) lui ont pourtant forgé un moral éternellement optimiste et permis de grandir, à la force des poignets évidemment.

Dessins réalistes, allusions jubilatoires au parler scouser dans les titres des chapitres, passage subtil du noir et blanc aux couleurs dans les années 60 comme pour la télé, asymétrie des bulles avec des doubles pages sans case marquée mais toujours aussi un rythme soutenu et un sens de la narration qui tint en haleine. La marque de fabrique de l’auteur enfin avec notamment la reprise des polices des albums des scarabées, comme dans bien d’autres de ses compositions sur la musique.

Même au sein des Beatles, Ringo reste effacé (mais comment ne pas l’être devant le double ego du duo compositeur-parolier) et est considéré le sage et gentil aîné de la bande, celui qui fait des blagues et ce qu’on lui demande, si j’ose dire Averell d’une bande des Quatre (mais j’adore Averell, c’est le moins idiot des Dalton finalement). Hervé Bourhis nous fait pourtant découvrir avec humour, voire un peu d’amour, outre le très bon batteur discret qu’il est toujours, qu’il était, peut-être plus que l’âme, le véritable pilier du groupe. Découvrir car il n’existe pas vraiment de biographie de Ringo, lequel ne se livrait pas dans ses chansons. Rôle que les autres reconnaîtront sans trop de peine dans le télégramme qu’ils lui enverront pour le supplier de revenir, ce qu’il fera de bonne grâce.

Hervé Bourhis à son meilleur. Un seul regret peut-être, celui de ne pas avoir évoqué son amitié indéfectible avec Keith Moon, malgré tout, notamment quand celui-ci proposera en 1966 sa folie à Macca, qui a poliment refusé, pour le remplacer aux fûts.

On attend avec impatience le troisième volet de la série consacré à George, dans son trip indien, comme l’auteur l’indique dans cette entrevue dans l’émission Décibels sur Ici.

Stephan Triquet

Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968)
Scénario, dessins et couleurs : Hervé Bourhis
104 pages – 22 €
Editions Casterman
Parution : 7 octobre 2026

Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968) — Extrait :

Ringo, l’âme des Beatles (1940-1968) - Hervé Bourhis
© 2026 Bourhis / Casterman

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.