5 + 5 = Les disques préférés de Solaris Great Confusion

Le nouvel album de Solaris Great Confusion (Untried Ways) fait partie des belles surprises et des petits bonheurs de l’automne dernier. Un bonheur aussi que de lire le 5+5 passionné concocté par Stephan Nieser et Jacques Speyser et qui donne furieusement envie de réécouter tous les albums cités.

SOLARIS GREAT CONFUSION
©Christophe Urbain

Terre toujours aussi fertile pour la folk music, l’Alsace nous envoie le nouvel album; Solaris Great Confusion, projet du chanteur et guitariste Stephan Nieser accompagné  de ses amis musiciens : la violoncelliste Elise Humbert, l’accordéoniste Yves Béraud, le guitariste Aurel Troesch, la batteur Jérôme Spieldenner, le bassiste Foes Von Ameisedorf ainsi que Jacques Speyser aux chœurs. Ensemble, ils nous offrent un album de folk boisé et posé, superbement produit et arrangé sur lequel on trouvera notamment une reprise de Robert Wyatt de 1985. Un Robert Wyatt que l’on retrouve dans la sélection 5+5 concoctée et par Stephan Nieser et Jacques Speyser.

5 Disques du moment :

Young Gun Silver Fox – Canyons (2019)

Autre révélation récente, malgré déjà trois albums à leur compteur (et des tonnes d’autres au sein de leurs expériences connexes), cet album Canyons des Young Gun (Andy Platts) Silver Fox (Shawn Lee) vient rappeler combien l’apparente simplicité ne se révèle pas sans une complexité de fond qu’on entrevoit à peine si on n’y prête pas oreille. On écoute cette musique d’orfèvres dérouler, l’air de rien et de ne pas y toucher, et on y revient, en toutes circonstances – au volant d’une voiture par exemple, sur la route de vacances estivales enjouées. Baby Girl, Kids, Just for Kicks, Long Distance Love Affair.. les morceaux sont remarquablement bien écrits, la production est ultra léchée, à la sauce FM 70’s et rappelant allègrement la pop californienne imprégnée de rock, de funk, voire de disco. J’ai lu que les termes “yacht rock” qualifient ce type de musique. Ça sonne ! On pense à Steely Dan, à Hall & Oates, à Chris Rea même… Une certaine idée de l’enfer, que l’on aime. (Stephan)

Cass McCombs – Mangy Love (2016)

Mangy Love, sorti en 2016, est le 8e album du chanteur guitariste américain Cass McCombs.
On parlera ici de Soft Rock, genre (s’il en est) que j’affectionne particulièrement et dans lequel le californien excelle singulièrement. Guitariste surdoué, musicien audacieux qui ne craint pas l’expérimentation. A son écoute, j’ai toujours la sensation d’un lâcher prise. Cela dit, les thématiques de ces textes ramènent souvent par contraste à une réalité plus dure, plus amère. La vague transporte mais le récif n’est jamais loin… Sur Mangy Love on retrouve aussi la chanteuse Angel Olsen qui avait déjà collaboré avec Bonnie ‘Prince’ Billy et Jeff Tweedy de Wilco. (Stephan)

Alex Cameron – Forced Witness (2017)

Parmi mes récentes découvertes, ou disons révélations, celle-ci m’a porté deux années durant, sans répit. J’ai dévoré et laissé tourner en boucle les trois albums de cet australien aux airs de bad boy, plus que de raison. L’immédiateté est une des qualités que j’apprécie le plus dans la pop music. Et ce type maîtrise la question. Ses gesticulations, ses mimiques, son look et sa nuque longue ajoutent à la sensation de malaise qu’il peut curieusement dégager pour moi. Forced Witness est emprunt de sonorités 80’s, et d’évidences, de chansons qui ne quittent plus la tête, mais sans les épreuves que nous font traverser d’autres vers auditifs ! Cette décennie éprouvée et trop souvent décriée une fois passés aux années 90 révèle encore une fois sa richesse. Mais il faut ce talent mêlé à cette énergie, que des gens comme Alex Cameron possèdent et entretiennent, pour venir s’imposer ainsi sur une platine, de manière intemporelle. Produit et découvert sur une scène parisienne par Jonathan Rado de Foxygen, Alex Cameron aligne des Candy May, True Lies, Country Figs, Politics of Love sur des textes plein d’humanité. (Jacques)

Lightships – Electric Cables (2012)

Premier disque solo (et unique à ma connaissance) de Gerard Love, discret bassiste du super groupe écossais Teenage Fanclub (TF). On y retrouve Tom Croosley (The Pastels), Bob Kildea (guitariste de Belle & Sébastian) ainsi que Brendon O’Hare et Dave Mc Gowan respectivement batteur original de TF et claviériste de TF. J’ai hésité dans ce 5 + 5 à mettre cet album de 2012 dans la catégorie “album préféré de tout temps”… Quelle merveille d’orfèvrerie et de raffinement !
 Je dois cette découverte à Jacques qui est resté très au fait de l’actualité de TF et grand amateur de la production « pop » galloise en général avec ce goût pour l’artisanat pop de haut vol que je retrouve pleinement dans ses deux supers albums d’Original Folks We’re all set (2014) et Common Use (2009).
 Electric Cable de Lightships exclue chez moi tout rapport analytique avec les dix titres qui le composent. Ce travail d’orfèvre, de grand artisanat, qui ne compromet pas pour autant un plaisir d’écoute simple et direct, me dépasse complètement. Je n’ai qu’à m’assoir et en apprécier toute la magie. Après tout, il n’est pas nécessaire de connaître le procédé du tamisage de l’orge pour pouvoir apprécier un bon Whisky. (Stephan)

Teenage Fanclub – Here (2016)
Je prends comme excuse la parution relativement récente du dernier album de Teenage Fanclub – et l’annonce de la sortie, en mars 2021, de leur chaleureux nouvel opus Endless Arcade – pour évoquer ici, tout simplement, l’ensemble de la discographie de ce merveilleux groupe écossais que je suis depuis 30 ans maintenant. J’ai été pris, il y a deux ans et après les avoir enfin découverts en concert en 2017, d’une folie de collectionneur en allant dénicher tous (mais tous) leurs disques. Je n’avais jamais agi comme ça, à ce point, vis-à-vis un groupe. Il en résulte une collection qui doit approcher l’exhaustivité de leur répertoire posé sur bandes. Stephan évoque Lightships, le magnifique groupe de leur désormais ex-bassiste Gerard Love, et il y a aussi bien d’autres projets annexes, dont Jonny qui réunit Norman Blake et Euros Child (aujourd’hui au clavier de TFC). Teenage Fanclub est un réconfort permanent, chaque retrouvaille est spéciale et me rappelle au bon souvenir du reste de leur discographie qui respire la bonté et l’honnêteté. Ce n’est plus seulement une question de musique (que je vénère), mais de grande sympathie, d’inspiration et d’admiration pour des gars qui ont été (trente années durant !) et restent des guides. Il y a tellement de leurs chansons qui m’ont donné envie d’en réaliser et d’en chanter !

5 disques pour toujours :

Robert Wyatt – Rock Bottom (1974)

C’est le second Album solo de Robert Wyatt après Soft Machine et Matching Mole.
 Sorti en 1974 et produit par Nick Mason des Pink Floyd.
J’ai entendu cet album pour la première fois à la fin des années 90. Je n’avais jamais rien entendu de tel auparavant. Musique qui engloutit et entraîne jusqu’à ses fonds rocheux… D’une poésie et d’une justesse renversante qui fait littéralement balbutier le langage par moment. Musique céleste conçue dans une chambre d’hôpital sur un orgue Riviera (orgue assez cheap) qui est la signature sonore de l’album avec la voix utilisée comme un instrument à part entière. L’émotion qui m’a saisie la première fois à son écoute – et qui relève aussi de l’expérience sensorielle – est intacte aujourd’hui, près de vingt-cinq ans après. (Stephan)

Paul McCartney – RAM (1971)

Le deuxième album de McCartney en solo, en compagnie de sa femme Linda et des musiciens qui formeront plus tard les Wings. Pour se mettre à l’abri d’un certain tumulte, ils se sont “enfermés” en famille dans la campagne écossaise, au milieu des champs et des animaux (sublime Heart of the country). On sent la joie de vivre, ça laisse rêveur. Mais surtout abasourdi, car cet album pastoral, qui mêle la pop, le rock, la folk voire le blues, offre une multitude de mélodies à garder précieusement en tête, quand elles ne s’y imposent pas. L’album propose tout ce qu’on peut attendre d’un (grand) disque, et au-delà, en surprenant l’auditeur par sa facétie et son inventivité, ses rebondissements, sa qualité mélodique et d’interprétation laissée à une sorte d’excentricité bienfaitrice. Et tout ça avec la spontanéité dont témoigne parfaitement Monkberry Moon Delight, un morceau assez fou et emporté où McCartney chante comme jamais, à la limite de faire plier ses cordes vocales. Le disque “bonus” qui accompagne l’album est un prolongement indispensable, ne serait-ce que pour ce titre, Another day, pop song parfaite à la mélancolie contagieuse. Et puis n’oublions pas Dear boy, clin d’œil à l’auteur de notre prochain choix. (Jacques)

Smog – Red Apple Falls (1997)

Enregistré et produit en grande partie par Jim O’Rourke (qui y joue aussi divers instruments), il s’agit du sixième album de Smog sorti en 1997.
 Red Apple Falls me fascine toujours autant par la simplicité apparente des morceaux qui tournent souvent autour de trois ou quatre accords. Ceux-ci sont traversés par la voix unique de Bill Callahan qui dégage des mélodies inouïes mais coulant de source avec un placement très caractéristique. Textes cryptiques parfois mais qui saisissent toujours. Les arrangement parcimonieux de Jim O’Rourke et particulièrement certains pianos participent au côté poignant de l’histoire. Ah et les trompettes aussi…Je réécoute souvent ce disque pour me rappeler que les choses « simples » et inspirées sont parfois les meilleures. (Stephan)

The Beach Boys – Pet Sounds (1966)

Il s’agit du 11e album des Beach Boys, ou quasiment de Brian Wilson à lui seul après avoir laissé ses compères partir en tournée, que lui ne supportait plus de faire. Il est dit que le déclic d’inspiration et de réalisation de cet album serait Rubber Soul des Beatles. Quand on sait l’admiration réciproque de Wilson et McCartney, on est ravi ! C’est étonnant de constater que cet album avait été relativement mal reçu à sa parution. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands. J’enfonce une porte ouverte à citer encore une fois ce disque parmi mes favoris, si ce n’est le favori. Mais sa dimension céleste est inégalée. Il n’y en a pas d’autre que je pourrais qualifier ainsi. Dans l’écriture, l’interprétation, sans parler de la production, tout est élégance, inspiration, justesse, sophistication et émancipation, en lévitation. Bien sûr, une des spécificités des Beach Boys se retrouve portée aux nues : les brillantes harmonies vocales de la troupe. Derrière elles, le fameux Wrecking Crew, considéré comme le meilleur groupe de mercenaires de studio de tous les temps. On n’a pas fini d’entendre ces sifflets pour chien, sonnettes de bicyclette, canettes et autres aboiements. La suite sera à l’avenant. (Jacques)

Bonnie « Prince » Billy – Master and everyone (2003)

Sorti en 2003, il s’agit du troisième album studio de Will Oldham sous le pseudonyme Bonnie ‘Prince’ Billy, quatre ans après I See A Darkness et deux ans après Ease Down The Road. Ces deux albums étant souvent cités comme pièces maîtresses de l’oeuvre du fécond troubadour période Bonnie ‘Prince’ Billy Les plus connoîsseurs auront à coeur et à raison de citer les références plus anciennes, comme l’imparable Arise, Therefore période Palace ou Palace Brothers pour n’en citer qu’un… Véritable machine à écrire des chansons, l’inspiration de l’insatiable Will Oldham s’apparente à un puits sans fond. Et lorsque l’on a des velléités dans le songwriting, cela peut s’avérer pour le moins écrasant. Mais c’est aussi une invitation à se mettre à l’ouvrage. Mille fois sur le métier…  Avec Master and Everyone, Will Oldham exhorte à l’introspection en livrant dix chansons splendides, murmurées à l’oreille. La tonalité de l’ensemble évoque un soleil d’hiver autour duquel gravitent ses deux lunes : la Vérité et l’Amour. Accompagné d’une guitare, parfois d’un violoncelle et les harmonies vocales de Marty Slayton, c’est pour moi le disque folk parfait des frimas hivernaux qui me fait toujours l’effet d’un chocolat chaud. (Stephan)

Solaris Great Confusion – Untried Ways
Mediapop Records / Kuroneko – 23 octobre 2020