Queens of the Stone Age : 3 albums réédités… Un, deux, trois… Noël !

Triple dose de sable californien sur la bûche de Noël ? Quand l’offre provient de Queens of the Stone Age, elle ne se refuse pas. La bande de Josh Homme ressort trois albums en éditions vinyles colorées, restaurées et prêtes pour un emballage au pied du sapin.

© Queens of the Stone Age

Ho ho ho ! Mais qui revoilà ? Trois albums de Queens of the Stone Age, re-pressés avec faste à point nommé pour les fêtes de Noël… Que demande le peuple ? Trois nouvelles éditions disponibles via le site du groupe et celui de Matador Records, ainsi que chez les disquaires que cela intéresse. En plus du vinyle noir standard, elles sont proposées en éditions limitées de couleur orange (pour le premier), turquoise ou rouge (pour …Like Clockwork) et vert (pour Villains). Le premier album voit sa pochette originelle restaurée, …Like Clockwork est enrichi d’artworks additionnelles et Villains d’un tout nouveau poster signé Boneface. Ça, c’est pour l’emballage, donc. Mais quelle honteuse engeance de gobelins fouettards serions-nous si nous refusions de détailler le contenu de ces trois paquets ? Pas de repos pour les lutins. Au travail.

Si votre préférence personnelle vous fait choyer les débuts du groupe dans son incarnation encore très marquée par Kyuss, cette réédition du premier album éponyme sera l’occasion rêvée d’opérer un retour aux sources. Quarante-sept minutes d’un rock lourd et brulant comme du plomb fondu, tout en étant racé comme un lévrier olympique. Et, surtout, la preuve irréfutable (si besoin était) que même avant le double sommet d’intensité bouillonnante de Rated R et Songs for the Deaf, le nouveau véhicule de l’ami Josh avait déjà gravé quelques classiques inoxydables. Regular John et Avon forment un doublon d’ouverture qui n’a décidément pas volé la persistance de sa postérité. La production de Joe Barresi est toujours aussi riche de dynamisme goudronné et la voix de Josh, encore juvénile et peu rompue aux routines de frontman, séduit par sa fraîcheur et sa douceur inattendue au milieu de guitares qui feraient passer ZZ Top pour Genesis. Aux fûts, Alfredo Hernàndez prouve bel et bien qu’il n’avait presque rien à envier à Brant Bjork dans Kyuss, si ce n’est l’ancienneté au sein du line-up. Le flegme Bowiesque des mélodies de If Only se marie toujours aussi élégamment au cambouis stoogien de ses riffs, et Walkin’ on the Sidewalks rue dans les brancards avec une fureur dont la métronomie n’a d’égale que la métallurgie. You Would Know esquisse discrètement les serpentements stylés que Rated R allait ensuite breveter, How to Handle a Rope grince et tressaute avec toute la sexitude qui fait aujourd’hui défaut à Royal Blood et Mexicola inaugure le moule d’airain dans lequel Songs for the Deaf coulerait une bonne partie de son monument. Hispanic Impressions swingue en broyant des vertèbres entre les solis claustrophobes d’Homme et la frappe météorique d’Hernàndez, chauffant la place pour You Can’t Quit Me Baby, dédale de fuzz qui n’a rien perdu de sa sophistication démoniaque, même en comparaison des réussites ultérieures du groupe en la matière. La basse de Chris Goss crache des clous sur Give The Mule What He Wants et I Was A Teenage Hand Model demeure un joli pied de nez final, avec son piano poussiéreux vite parasité par des bidouillages qui vous feraient regretter d’avoir tenté l’expérience au casque. L’album est à nouveau présenté dans son tracklisting originel, débarrassé des ajouts de la ressortie de 2011 (The Bronze et These Aren’t The Droids You’re Looking For, deux transfuges de l’EP The Split).

Queens of the Stone Age – Queens of the Stone Age
Label : Matador Records
Réédition : 21 octobre 2022

Chez les adeptes de la seconde époque du groupe (post-Oliveri), …Like Clockwork fait souvent figure de chef-d’œuvre. Pour les autres, il n’est pas trop tard pour réévaluer l’ampleur du bousin. Ce sixième opus est à la fois l’accomplissement d’un potentiel et la refonte d’un cahier des charges ayant fait quelques merveilles. Un album aussi impressionnant que le risque qu’il prend, fait de nuances et de contrastes, torturé mais osé, à la fois intime (sa genèse est dans la convalescence de Josh suite à une opération du genou ayant mal tourné) et collaboratif. Trent Reznor, Elton John, Alex Turner et Jake Shears ont répondu présent. Dave Grohl et Joey Castillo sont évidemment fidèles au poste, mais Mark Lanegan et Nick Oliveri sont aussi de retour dans les crédits. En résulte une flopée de titres figurant parmi les meilleurs du groupe. Keep Your Eyes Peeled gronde avec une violence sourde, bien plus oppressante que n’importe quel assaut frontal à lame dénudée. If I Had A Tail est un mètre-étalon d’ingéniosité plastique où les guitares de Troy Van Leuween affleurent telles des caïmans à la surface des synthétiseurs de Dean Fertita. I Sat By The Ocean est l’une des mélodies les plus séduisantes jamais portées par Josh, où sa voix fait le gros dos pour nos tympans pendant que les quatre autres ferraillent en orfèvres. Smooth Sailing se prélasse avec l’insolence d’un single conscient de son groove imparable, mené par un Dave Grohl alchimiste qui recycle des enclumes en boules à facettes. Les invités sont à leur avantage sans jamais prendre trop d’espace. Kalopsia s’écartèle habilement entre des couplets taciturnes où Josh se renfrogne sur fond de synthés et des refrains anguleux dont les guitares abrasives servent de trampoline au larynx distendu de Trent Reznor. Parfaite alliance de vieux briscard et de jeunes fauves, Fairweather Friends convie Elton pour propager une rouille vintage sur un fuselage du nouveau millénaire. Au rayon de l’accalmie, The Vampyre of Time and Memory sonne comme si Bowie avait écrit un thème pour James Bond, et la chanson-titre capte le falsetto de Josh au firmament de sa puissance dramatique. Et que dire de My God Is The Sun et I Appear Missing ? Deux classiques instantanés, le premier distillant le bronze de Songs for the Deaf avec une finesse implacable, le second invitant l’auditeur à s’égarer dans les méandres d’une jungle de guitares perfides et de vocalises héroïques. Voilà un disque dont les aficionados ne se lassent pas, comme un grand frère arty du AM d’Arctic Monkeys ou un délicieux gâteau encerisé des superbes vidéos créés par Boneface, également auteur de cette très belle pochette.

Queens of the Stone Age – …Like Clockwork
Label : Matador Records
Réédition : 9 décembre 2022

Après l’effort, le dancefloor. Quatre ans après la morgue hantée de …Like Clockwork, Villains se donnait pour mission avouée de faire frétiller les mêmes popotins que QOTSA avaient botté avec un zèle sadique durant les deux décennies précédentes. Force est de constater que la promesse est majoritairement tenue, surtout quand l’écoute commence par une bombe à fragmentation comme Feet Don’t Fail Me, salve d’ouverture qui tourbillonne avec la hargne d’un tank dans une discothèque. Besoin de valider votre sensibilité au projet ? Si le single The Way You Used To Do échoue à vous faire taper du pied en inspectant votre gomina dans la vitre la plus proche, c’est probablement parce que vous avez des problèmes d’audition. Il faudra par conséquent consulter. Pour le reste, ça bifurque à qui mieux mieux. Si vous cherchez le circuit de sprint, Head Like a Haunted House cavale à toute berzingue, comme si les Cramps visaient le mur du son. Si vous cherchez l’armurerie, The Evil Has Landed forge des saillies biscornues qui n’auraient pas dépareillé dans l’arsenal de Them Crooked Vultures. Si vous cherchez le laboratoire, Un-Reborn Again (quelle merveille que cette titraille !) fait la part belle aux synthétiseurs et aux riffs, dans un registre finalement assez proche des aventures européennes de Bowie. Si en revanche vous faites partie des nouveaux arrivants ou que vous êtes là par hasard, vous pourrez apprécier une polyvalence foncièrement accueillante. Domesticated Animals rocke avec une rigidité trompeuse et taillée pour le live, là où Fortress et Hideaway font preuve d’une délicatesse papillonnante à l’originalité moins flagrante, mais qui charmera probablement les réfractaires aux amplis saignants. Même constat pour Villain of Circumstance, qui clôt l’album avec l’agilité chatoyante d’un numéro de Broadway, tout en suintant une mélancolie classieuse qui compense le côté un peu convenu de certains passages. Le prix à payer pour l’accessibilité, avouons-le.

Queens of the Stone Age – Villains
Label : Matador Records
Réédition : 9 décembre 2022

Mathias François