[Apple TV+] « Calls » : l’héritage d’Orson Welles…

Sortie en 2021, mais malheureusement passée inaperçue, Calls, la version US du concept créé en France par Timothée Hochet est une superbe réussite, et une expérience redoutable. Accrochez-vous au son, on enlève l’image !

Calls
Copyright : Canal+ / Apple TV+

Allez, un petit cocorico pour commencer cette critique, puisque l’idée originale – formidable il faut le souligner – de Calls est française, et que cette série Apple TV+ est un remake d’une série française (Canal+) de Timothée Hochet, datant de 2017, et combinant un high concept formel avec un scénario SF pas piqué des hannetons.

Calls AfficheSi l’on se souvient qu’Orson Welles avait terrifié les US en 1938 avec une émission de radio racontant l’arrivée d’aliens belliqueux, sans avoir besoin pour ça d’une seule image, pourquoi ne pas faire l’inverse, et enlever les images d’une série TV de Science-Fiction se voulant terrifiante, en faisant confiance à l’imagination des « spectateurs » ? Et, bien sûr, ça marche, puisque les scientifiques savent que l’ouïe est un sens plus important pour la compréhension d’une situation que la vue :  Calls se révèle une expérience émotionnelle extrêmement forte, simplement à partir de l’écoute de conversations téléphoniques, qui seulement illustrées visuellement – comme pour justifier la présence d’un écran devant nous, addicts que nous sommes… – par des lignes et des courbes en mouvement et par les textes écrits des dites conversations.

Chaque épisode – il y en a 9 pour conter l’histoire complète – dure moins de 20 minutes, ce qui est raisonnable étant donné la concentration requise de la part de l’auditeur afin d’extrapoler à partir des dialogues et de se figurer la situation exacte dans laquelle se trouvent les personnages nouveaux que nous découvrons à chaque début d’épisode : « Bingelistening » possible mais exigeant !

Calls commence par la fin de son histoire (le premier épisode s’intitule The End), avant de revenir en mode flashback sur les débuts d’une crise aux conséquences littéralement apocalyptiques. Ce qui est audacieux est que nous ne verrons, pardon n’entendrons cette crise qu’à travers du chaos qu’elle provoque au niveau de la vie de gens ordinaires… au moins jusqu’aux deux derniers épisodes, plus classiquement SF (mais pas tout à fait non plus…) qui explicitent les origines de la situation : tous ces tourments conjugaux, amoureux, amicaux, professionnels nous touchent finalement bien plus que les enjeux universels du cataclysme, finalement presque théoriques, littéralement incompréhensibles tant ils sont radicaux.

La quasi totalité des situations auxquelles nous assistons ici sont extrêmement dures, et la plupart sont parfaitement déprimantes dans leur conclusion : soyez donc conscients que Calls est tout sauf un divertissement anodin en dépit de son sujet de Science-fiction… dont il vaut mieux d’ailleurs ne rien savoir du tout avant d’entamer la série ! De manière assez amusante, le seul épisode léger de Calls est le troisième, Pedro Across The Street,… dont l’interprète principal est… Pedro Pascal, avec sa voix reconnaissable entre mille !

On ne peut évidemment pas parler ici de mise en scène au sens habituel du terme ici, mais le rythme de chaque épisode est absolument haletant, tout en restant crédible. Les acteurs, dont certains sont plus connus (on repère les noms de Clancy Brown, Rosario Dawson, Paul Walter Hauser, Stephen Lang), sont tous impeccables (il semble que ça n’ait pas été le cas dans la série française originale), ce qui traduit également un joli travail du scénariste-réalisateur uruguayen Fede Alvarez, que l’on doit donc largement créditer pour la réussite de la mini-série…

Passée largement inaperçue lors de sa diffusion en 2021, voici une œuvre qui mérite un rattrapage et, donc, du coup, d’être réévaluée…

Eric Debarnot

Calls
Mini-série TV US de Fede Alvarez
Avec : Aubrey Plaza, Pedro Pascal, Clancy Brown, Rosario Dawson, Paul Walter Hauser, Stephen Lang…
Genre : Science-fiction, drame, horreur
9 épisodes de 20 minutes mis en ligne (Appel TV+) le 19 mars 2021