[Cannes 2024] Jour 7 : La Pampa, Les linceuls, Anora, Maria

Au Festival de Cannes, ce mardi 21 mai 2024, il y avait à voir, entre autres, les nouveaux films d’Antoine Chevrollier, David Cronenberg, Sean Baker et Jessica Palud.

La Pampa, d’Antoine Chevrollier

La-Pampa

Antoine Chevrollier, réalisateur chevronné dans le milieu de la série (Le Bureau des légendesBaron NoirOussekine), passe ici le cap du premier long métrage. Le récit initiatique d’un lycéen qui tente de se faire une place entre son amitié fusionnelle, une possible histoire d’amour et une famille en pleine recomposition. Tout est juste, merveilleusement joué, filmé à parfaite distance, écrit avec une finesse impressionnante… Un grand bravo ! A surveiller lorsqu’il sera programmé dans les salles.

Les linceuls, de David Cronenberg

Les-linceuls

Ses obsessions pour la technologie et les métamorphoses physiques sont certes toujours exploitées, mais avec une sagesse et une gravité plus marquée, dans cette intrigue où un entrepreneur met au point un système permettant de suivre au quotidien la décomposition des êtres aimés dans leur linceul. L’idée, toujours soumise à ce regard clinique et des variations de noir, est à mettre en lien avec la perte de son épouse en 2017, et la façon dont l’imaginaire de la science-fiction pourrait donner corps à ses questionnements philosophiques. Difficile, pour le moment, de se faire une idée claire de ce film ambigu, extrêmement verbeux et dans lequel le cinéaste multiple les enjeux paranoïaques et les impasses conspirationnistes. Un temps de décantation sera nécessaire, à l’image de ce processus au long cours qu’est le deuil du protagoniste, mais le film a de fortes chances de faire son chemin.  (En compétition pour la Palme d’or) Sortie le 25 septembre 2024

Anora, de Sean Baker

Anora

Sean Baker est un  habitué de Cannes puisqu’il y a présenté ses trois derniers films, dont le dernier, Red Rocket en Compétition en 2021. Anora est une belle surprise, et propose ce type de projection bienfaisante qui met le feu au public, acquis à la cause du réalisateur au vu de son accueil avant le début du film – encore un exemple de cette état d’esprit américain qui peut vraiment booster l’alchimie d’une séance. Sur 2h20 gorgées de rythme, le film suit les aventures d’une danseuse de lapdance qui se marie avec le fils d’un oligarque russe et voit débarquer les hommes de main missionnés pour annuler le délire de la progéniture. Des acteurs à l’énergie folle, des trognes patibulaires et une vigueur folle pour une odyssée destroy menée tambour battant. On n’est certes pas face à un grand film de cinéma, mais la sélection a besoin de ce genre de pauses, et Sean Baker gagne en maitrise dans son registre, en nous gratifiant de quelques séquences assez cultes, où le mobilier d’une maison de luxe et les gros bras prennent très cher face à une sauvageonne dont l’héroïsme iconoclaste fait beaucoup de bien. Reste une certaine ambigüité dans le traitement des caractères, qui rodait déjà dans Red Rocket, on l’on peut s’interroger sur le cynisme, voire la complaisance du réalisateur par rapport aux comportements qu’il dépeint. (En compétition pour la Palme d’or)

Maria, de Jessica Palud

Maria-Jessica-Palud

Le nouveau film de Jessica Palud est doté d’un casting tout à fait réjouissant : la comédienne montante Anamaria Vartolomei (fantastique dans L’Événement d’Audrey Diwan, et très prochainement dans Le Comte de Monte-Cristo), Yvan Attal et Matt Dillon. Le film adapte le livre publié par la cousine de Maria Schneider, et qui retrace le parcours de cette jeune actrice propulsée dans le scandale par le tournage du Dernier Tango à Paris de Bertolucci, sur lequel elle subit des méthodes de travail qui la détruiront psychologiquement. Une page noire de l’histoire du cinéma, documentée de façon assez linéaire et parfois un peu didactique, mais révélatrice pour qui ne connaitrait pas ces coulisses très glauques de la fabrication d’un film qu’on voulait « sulfureux ». (Cannes Première) – Sortie le 19 juin.

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