En 2006, dDamage entreprend une tournée au Japon, entre concerts furieux, galères en série et excès en tous genres. Avec Bâtards, JB Hanak compose un récit intense, chaotique et profondément humain, hanté par la mémoire de son frère.

« Ah les bâtaaaards ! » : c’est ce qu’on se dit, le sourire aux lèvres, à peu près à chaque page en suivant les frasques de JB et de son frère Fred lors de la tournée de dDamage au Japon, en 2005. Une aventure musicale pleine d’imprévus, de galères et de décibels…. incroyable mais vraie !
Comme dans son précédent livre, Sales chiens (paru en 2022 chez Léo Scheer), JB Hanak livre ici un récit ultra rythmé, sans temps mort. On embarque avec les deux Français, leur chien imaginaire Ourko et quelques Japonais un peu chelous, à bord d’un van, pour enchaîner des concerts dans des salles poisseuses où la musique se joue à fond.

Pour rappel, JB et Fred Hanak formaient le duo dDamage, figure marquante de la scène électro techno du début des années 2000. Leur musique, abrasive et radicale, mêlait boucles saturées, samples distordus et hurlements dans une démarche totalement punk. Après un album sorti en 2004 sur le label alors en vogue Planet Mu, le groupe s’était forgé une solide réputation, notamment au Japon où il était devenu une référence dans les milieux underground.
On retrouve dans Bâtard cette forme d’urgence et de folie que l’on avait tant appréciée dans le précédent livre, avec cet enchaînement de situations plus ubuesques les unes que les autres, à tel point que, par moments, on se demande si l’on n’est pas dans un trip halluciné plutôt que dans la réalité. Mais non, tout ça, ou presque, s’est bien passé dans cette épopée japonaise que JB raconte telle qu’il l’a vécue : ses rencontres avec des organisateurs foireux, des musiciens japonais plus chelous les uns que les autres, des soirées où, avant et après le concert, il faut assurer la vente du merchandising et, au passage, absorber des substances liquides ou combustibles pour faire redescendre la tension emmagasinée.
Il faut dire que, dans cette histoire, tout le monde ou presque est accro à la weed, Surtout Fred, électron libre incontrôlable, , profitant de la moindre occasion pour se rouler un petit pétard et fumer en loucedé, quitte à braver les lois japonaises particulièrement sévères. De quoi provoquer des engueulades mémorables entre les deux frères.
Tout ça, JB le raconte avec une authenticité folle, aussi à l’aise pour évoquer les ambiances de concert que les relations parfois tendues avec certains interlocuteurs japonais peu coopératifs, comme ce type de l’Alliance Office, une association chargée de promouvoir la culture française à l’étranger, qui leur apprend, à peine quelques jours après leur arrivée au Japon, qu’ils ne toucheront finalement aucune subvention.
Impossible de résumer toutes les galères qui jalonnent ce voyage. On en vient même à se demander comment ils ont réussi à en sortir indemnes tant cette expérience, faite d’embrouilles à répétition de prise de tête, et de plans foireux, semble, par moments, à la limite du supportable.
Tout au long du livre, JB n’oublie pas de parler de son frère Fred, décédé en 2018 à la suite d’une maladie qui l’a fait souffrir durant des années, ni de la relation forte et quasi fusionnelle qui les unissait. Il n’oublie pas non plus de rappeler leurs origines, eux les fils d’ouvriers issus de l’immigration, nés d’un père tchèque, ferrailleur de métier, et d’une mère kabyle. Des gamins élevés au bruit des disqueuses, des tronçonneuses, des découpes de métal… un univers qui a sans doute, d’une manière ou d’une autre, influencé leur choix de faire une musique électro aux sonorités industrielles.
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Benoit RICHARD
