[Live Review] Skunk Anansie et Garbage au Zénith de Paris : deux femmes en colère

Belle double affiche au Zénith de Paris, avec deux groupes nés dans les années 90 au programme : Skunk Anansie et Garbage, dans des registres différents, ont réussi leur pari de prouver qu’ils sont toujours pertinents en 2026.

Live Review Double Affiche
Photos : Pascal Cossé

Alors que Tricky était au même moment à la Cigale pour son heure de trip hop dans le noir, ce sont deux autres stars estampillées années 90 qui se présentent au Zénith de Paris, pour ce qui était annoncé comme une vraie double affiche. Pas de hiérarchie, mais une heure et quinze minutes pour Skunk Anansie, comme pour Garbage, chargé de clôturer la soirée. Disons-le d’emblée, en ce qui nous concerne, c’est pour Shirley Manson que nous avons décidé de prendre nos places, sur la base du récent concert donné par Garbage au Grand Rex, au cours duquel elle nous avait épatés par son charisme intact. Skunk Anansie, c’est une autre histoire en ce qui me concerne : un groupe dont j’ai acheté les premiers disques, mais dont je n’ai pas vraiment suivi la carrière durant ces 20 dernières années. C’est donc, pour moi, une curiosité que je m’apprête à aller écouter, intrigué par une réputation scénique impeccable.

Le temps est merveilleux, quoique caniculaire, et nous avons choisi de rester à l’extérieur jusqu’à l’heure estimée de montée sur scène de Skin, sacrifiant ainsi la première partie, Grove.

 

Skunk Anansie Zénith P Cossé 01
Skunk Anansie au Zénith – Photo : P. Cossé

Le Zénith est en configuration restreinte, avec les derniers rangs bâchés, ce qui étonne au vu de l’affiche, même si les prix élevés l’expliquent en partie. La fosse est cependant totalement remplie, et la salle est une fournaise. À 19 h 50, les lumières s’éteignent, et Skin rentre sur scène, accompagnée des fidèles Ace à la guitare, Cass à la basse et Mark Richardson à la batterie. Vêtue d’une combinaison noire, elle prend immédiatement possession de l’espace et impose sa présence dès Charlie Big Potato, l’intro habituelle de leurs concerts. On comprend vite pourquoi : dès les premières notes, ça se lève autour de nous dans les tribunes, et il est clair qu’une bonne partie du public est là pour Skunk Anansie. L’un des nouveaux titres du dernier album, An Artist Is an Artist, confirme rapidement que ce groupe est à voir sur scène, où son énergie sublime des compositions moins marquantes sur album.

Skunk Anansie Zénith P Cossé 02Hedonism fête ses 30 ans cette année, et me rappelle l’époque où j’achetais leurs disques. Twisted (Everyday Hurts) fonctionne bien, mais la redécouverte de la soirée est indéniablement Love Someone Else, qui a une petite dizaine d’années et fait partie des excellents titres récents. I Can Dream sonne toujours aussi hard rock qu’en 1995, et se taille la part du lion, avec l’arrivée sur scène de Frah, de Shaka Ponk, un invité peu surprenant quand on sait que les deux groupes s’apprécient et ont travaillé ensemble il y a une dizaine d’années. It’s Fucking Political donne l’occasion à Skin de rappeler son engagement antifasciste, et le set se clôt par Little Baby Swastikkka, malheureusement encore plus d’actualité qu’au moment de sa sortie. Skunk Anansie nous a mis à genoux. Rien d’extraordinaire dans leur musique, mais l’efficacité est redoutable et, à l’applaudimètre, c’est un carton indéniable. Ça ne va pas être évident pour Garbage de passer derrière.

Il va falloir patienter une bonne demi-heure, puisque c’est à 21 h 35 que Shirley Manson et sa bande arrivent : Steve Marker à la guitare, Duke Erikson à la guitare et aux claviers, et Butch Vig à la batterie. Il a fallu réaménager la scène, notamment du côté de la batterie : alors que la batterie de Mark Richardson était en hauteur, celle de Butch Vig sera au même niveau que les autres membres du groupe.

 

Garbage Zénith P Cossé 01
Garbage au Zénith – Photo : P. Cossé

Shirley Manson précisera être entrée dans la loge de Skunk Anansie pour leur dire qu’elle avait la pression de passer après leur performance. C’est exactement ce que l’on ressent devant ce début de concert poussif : deux titres du dernier album, There’s No Future in Optimism et Hold, puis un Empty sans grand relief, et l’ambiance retombe nettement. La faute tient davantage aux compositions qu’à Shirley Manson, qui se démène sur toute la longueur de la scène, et n’a rien à envier à Skin en matière de charisme. Une fois encore, on ne voit qu’elle, le reste du groupe demeurant discret.

Garbage Zénith P Cossé 02Il faut dire aussi que l’histoire du groupe joue pour beaucoup dans cette impression. À l’origine, trois musiciens déjà aguerris, parmi lesquels Butch Vig, approchant alors la quarantaine et auréolé de la production du Nevermind de Nirvana, recrutent comme chanteuse une jeune Écossaise. Très vite, Shirley Manson s’impose et devient presque à elle seule l’image du groupe. Au Zénith, cela saute encore aux yeux : c’est la patronne. Le concert décolle enfin avec les tubes I Think I’m Paranoid et Stupid Girl, dans d’excellentes versions. Shirley Manson dédie ensuite Right Between the Eyes à une autre « badass » de la scène rock, Courtney Love. Le choix est bien vu, tant ce morceau aurait pu figurer sur le Celebrity Skin de Hole. Ce n’est sans doute pas un hasard si Special suit, avec en ligne de mire la doyenne du genre, Chrissie Hynde. Malgré les dénégations de Manson, il est difficile de ne pas penser aux Pretenders, dans la manière de chanter comme dans la référence finale à Talk of the Town. C’est l’un des grands moments de la soirée, et une prestation qui se met enfin au niveau de la réputation du groupe. Un Wow d’anthologie est suivi par Chinese Fire Horse, meilleur titre du dernier album, avec ses grosses guitares. Nous entrons alors dans la partie politique du concert avec Boys Wanna Fight, sa critique du bellicisme masculin (« The boys wanna fight / And the girls are happy to dance all night ») et, au-delà, de l’état du monde qui en découle (« The whole wide world is a stage, a complete chaos »). Ce titre est sorti en 2005…

Shirley Manson en profite pour dire ce qu’elle pense de nos gouvernants, et le lien avec Skin apparaît plus nettement encore : deux femmes du même âge, charismatiques au possible, leaders de leur groupe, en guerre contre notre monde pourri. La cohérence de l’affiche se trouve là, davantage que dans le style musical. Il est 22 h 30 et les tubes s’enchaînent. Imparables : un incroyable Push It, l’attendu Happy When It Rains (il va malheureusement nous falloir attendre quelques jours pour ça…), et un set qui semble d’abord se conclure par le spirituel The Day That I Met God. Surprise à ce stade : le groupe fuit la scène sans un mot, et nous pressentons une incompréhensible fin en eau de boudin. Tout le monde est donc rassuré par leur retour, et par l’explication de Shirley : elle ne pouvait plus retenir un besoin naturel ! Elle organise alors un petit sondage rapide auprès du public pour choisir le dernier titre et pour nous offrir une fin plus digne. C’est improvisé, et elle s’excuse auprès du groupe : « Désolée les gars, c’est ma faute. » L’épisode aura au moins le mérite de nous permettre d’entendre Cherry Lips (Go Baby Go!) avant de ressortir sous la lourdeur parisienne.

Ce n’était pas une compétition, mais pour résumer : meilleure prestation de Skunk Anansie, inégalable dans ce domaine, et répertoire plus riche chez Garbage. Mais surtout, et c’est le plus important, une excellente soirée pour nous !

Skunk Anansie :
Garbage :

Laurent FEGLY
Toutes les photos sont de Pascal Cossé ! Merci à lui…

Skunk Anansie et Garbage au Zénith de Paris
Production : AEG
Date : le lundi 25 mai 2026

 

Leurs dernies disques :

The Painful TruthSkunk Anansie – The Painful Truth
Label : Boogooyamm Ltd
Date de parution : le 23 mai 2025

 

 

 

 

 

Let All We Imagine Be the LightGarbageLet All That We Imagine Be The Light
Label: Garbage Unlimited
Date de parution : le 30 mai 2025

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