Après avoir trempé sa guitare dans les marécages, Norman Would en a extirpé un recueil de compositions dont la teneur confère à une musique de haute volée. Timeline est un album qui dépasse les terrains balisés du Folk/Rock, avec un songwriting personnel terriblement mélancolique.

Nulle volonté d’empailler les souvenirs, même si l’on prête au Folk une imagerie désuète, l’attrait pour ce courant musical peut s’expliquer par la volonté de rompre avec le brouhaha du quotidien, avec les contraintes qui engourdissent l’âme.
La pochette de Timeline, déjà, triture l’esprit. Derrière cette étrange dimension sacrée, la nature est un refuge, un écrin caché, loin du monde industrialisé et malade de pollutions de toutes sortes. Norman Would a réalisé avec Timeline un album bluffant, aux nombreuses filiations avec l’Americana. Un album qui se déguste comme un livre, à la différence que chaque titre est une page sur laquelle on revient et s’attarde.
Comment, d’ailleurs, ne pas être séduit par l’inspiration magistrale de Norman Would ? Avec un pouvoir hypnotique tel que le premier titre, Time Flies Again, forme une parenthèse réconfortante en dehors des vicissitudes envahissantes de l’existence. De sa voix grave, les mots de Norman prennent le temps d’être formulés et d’incarner ainsi une signification universelle. Car cet album épargne les paroles inutiles…
C’est comme si notre monde avait perdu son avenir face à la modernité, et qu’au coeur de l’humanité, une autre voie invitait le voyageur à se réconcilier avec la nature. Si le romantisme a été exploité sous différentes approches, parfois de manière théâtrale prêtant à l’exagération, l’expression dépouillée de Norman Would procure un plaisir enivré par la simplicité, par la lumière du jour et par les couleurs de la lumière (Pedestal). Et s’il lui plaît de reprendre l’exposé d’un thème précis, c’est parce qu’il désire le renouveler, de telle sorte que toutes les objections connues à son encontre ne soient pas valables. C’est en cela que Timeline est hors du temps tout en étant implanté dans le présent, par la beauté des arpèges (dont l’onirique Whirligig), se propageant comme une onde à la surface de l’eau.
Aborder cette beauté ténébreuse et énigmatique, nécessite une attention sensorielle particulière. Le chant de Cruel As Cruel Can Be atteint la chair, s’enfonce en elle, et réintroduit l’âme aux commencements. On pense à Kelley Stoltz dans l’entrelacement des guitares électriques. Comme touché par la grâce divine, Norman Would suggère toute une constellation de petits détails, se focalisant sur la complexité contradictoire du monde, des paysages désolés dont se dégage une atmosphère lugubre à l’équilibre entre le sacré et le profane. Le spectre vocal de Norman embrasse aussi bien la beauté que les drames existentiels. Les morceaux se caractérisent par des arrangements parfaitement intégrés, remémorant Townes Van Zandt, Jackson C Frank… Le très brûlant I Will Go Down – convoquant le fantôme de Mark Lanegan – monte d’un cran avec un mur de saturations immense, qui retombe avec le merveilleux Next In Line.
Rares sont les albums où chaque titre constitue le maillage accompli d’une œuvre qui s’écoute du début à la fin : on y revient plusieurs fois.
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Franck IRLE
Norman Would – Timeline
Autoproduction
Date de parution : le 23 Mai 2026
