Chateau – Sometimes We Wander : le désapprentissage

Placé sous le signe de l’errance musicale et du minimalisme, Sometimes We Wander est une drôle de tentative (réussie) de recréer de la musique sixties, sur un mode DIY qui ne rime pas avec « slacker », ni avec « pauvreté ».

Chateau
© Chateau

L’intro de Sometimes We Wander, le premier album de Chateau, est quelque part trompeuse : que ce soit à l’écoute de la brève ouverture éponyme ou de la première chanson, une mini-merveille pop lo-fi, You keep me dreaming on, il est facile de laisser l’enthousiasme instantané ressenti nous pousser à célébrer la naissance d’un nouvel artiste minimaliste, surgi de nulle part et capable de créer, tout seul « dans sa chambre », des petits bijoux de pop-folk classique comme on n’en faisait déjà plus dans les années 70. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça.

Sometimes We WanderCar Henry Smith n’est pas le fruit d’une (géniale) génération spontanée : une recherche rapide permet d’identifier que le jeune Mancunien a déjà fait partie d’un groupe, The Big Peach, formé en 2017, et qui se réclamait – dans un esprit de musique populaire très feelgood – de gens comme The La’s, The Byrds, The Beach Boys ou The Kinks, soit des influences facilement identifiables, par ci par là, chez Chateau. La différence est que, cette fois, Henry raconte avoir dû intégrer un changement de vie plutôt concret : ayant quitté la ville pour la banlieue, il s’est lancé dans un enregistrement à domicile, développant ce son lo-fi « spontané » qui caractérise Sometimes We Wander. Un disque qui est donc autant le résultat d’un apprentissage (les techniques du home recording) que d’un désapprentissage (le fonctionnement au sein d’un groupe, avec tout ce que cela suppose comme compromis). Un disque où l’errance est non seulement tolérée, mais en devient même le sujet réel.

Laissez-faire est une autre chanson amusante, où le piano et l’orgue sont cette fois sur le devant de la scène, et où les vocaux charmants – partiellement en français – sont partagés avec une certaine Bebe May (qui co-signe le titre), dans une atmosphère sixties qui ne sonne même pas nostalgique. Safe as Houses prend un virage bossa-nova sur un beat électronique, donnant naissance à un long titre vaporeux et rêveur. Feeding Sarah’s Cat, instrumental électrique, plus « lourd » et funky, tranche  avec ce qui a précédé, et confirme que Chateau n’a pas l’intention de suivre un parcours balisé. Stubborn Mule adopte par contre un swing jazzy, dans une atmosphère mi-laid back, mi-pop à la Ray Davies, pour un résultat très « ludique ». Nouveau titre léger et rêveur co-signé par Bebe May, Mystery of You aligne des « lalalala » trop naïfs pour être honnêtes, et inclut même deux solos de guitare, pas très techniques quand même. Man of the Country est un joli morceau d’indie pop / de dream pop, beaucoup plus respectueux des codes actuels du genre que tout ce qui a précédé. Me and You est le genre de titre doux-amer, et joliment entraînant, que l’on a l’impression d’avoir toujours connu, comme s’il s’agissait d’une chute d’un album sixties de Donovan, Lennon ou Randy Newman : le genre de chose délicieuse à écouter, mais sans doute trop « inconséquente » pour avoir été retenue finalement pour la tracklist d’un album.

Sometimes We Wander n’est évidemment pas un chef d’œuvre, juste un disque idéal pour passer l’été en pente douce, supporter la canicule avec un sourire aux lèvres, sans se préoccuper du tout des futurs « gros et grands albums » qu’on nous promet à la rentrée. Allez, vous prendrez bien une gorgée de ginger beer bien fraîche, et remettrez pour la vingt-cinquième fois You keep me dreaming on sur la platine.

Eric Debarnot

Chateau – Sometimes We Wander
Label : Earth Worms
Date de parution : 7 août 2026

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