D’un massacre de la Seconde guerre mondiale méconnu du grand public qui oblige au devoir de mémoire, Maylis Besserie signe une passionnante saga familiale très engagée. Elle dresse à travers le prisme de trois générations de femmes un portrait de la France politique de l’après-guerre jusqu’aux années 2000, en mêlant habilement faits historiques et héritage familial.

Le massacre de Tulle, qui a eu lieu la veille de celui d’Oradour-sur-Glane, n’est pas de ceux qui sont racontés dans les livres d’Histoire. Il fait partie des zones d’ombre de la Seconde guerre mondiale pour les non-initiés.
Trois jours après le débarquement des alliés en Normandie, le 9 juin 1944, les habitants de Tulle fêtent la déroute allemande dans la liesse. Les résistants descendent du maquis et combattent l’occupant encore présent dans la ville. Par vengeance, le tristement célèbre bataillon « Das Reich » rassemble les hommes de 16 à 60 ans de la ville en forçant les portes des habitations. 99 d’entre eux seront pendus aux balcons, sous les yeux de leurs proches et de la population. 149 autres seront déportés à Dachau, 101 n’en reviendront pas.

Les Filles du 9 juin sont au nombre de trois : Hortense, pour qui la vie s’est pratiquement arrêtée ce jour-là, Louise, pour qui la vie a commencé en ce jour funeste et Zoé, qui s’emparera du devoir de mémoire pour défendre sa cause.
Hortense Chambel est enceinte de leur troisième enfant quand Albert est embarqué par les SS. Impuissante, elle assiste à la pendaison de son mari. Sous le choc, elle accouche de sa fille, Louise. Culpabilisant d’être restée parmi les vivants, Hortense vivra dans l’ombre du fantôme d’Albert. Femme simple et besogneuse, elle dédie sa vie à ses enfants.
Louise est en colère, de cette colère qui est attisée par les tréfonds de l’âme. Elle n’aura de cesse de combattre l’injustice. L’héritage du malheur est lourd à porter et Louise devra lutter pour ne pas se laisser happer par la folie. La justice n’a pas été rendue comme il se devait, que ce soit en France et en Allemagne. De nombreux auteurs de ce massacre, et ceux qui ont lâchement fermé les yeux, n’ont pas été inquiétés et ont pu mener une vie tranquille, tout en s’offusquant des accusations que les familles de victimes pouvaient porter à leur encontre.
Zoé représente la troisième génération des femmes Chambel. Lumineuse comme l’était son grand-père, elle s’engagera pour lutter contre les discriminations. La partie consacrée à Zoé est la plus engagée car la plus contemporaine pour le lecteur. décrypte l’importance du devoir de mémoire face à la résurgence de l’extrême-droite qui a avancé à bas-bruit durant les décennies d’après-guerre.
Au-delà des recherches historiques qu’elle a menées pour donner du corps à son roman, Maylis Besserie s’attache aussi à décrire l’intime et les répercussions d’un évènement traumatique sur plusieurs générations.
Les Filles du 9 juin est un roman passionnant, très bien construit et très pertinent sur notre monde actuel. L’héritage n’est pas qu’intime. Il est aussi social, grâce aux luttes qui ont été menées, mais aussi politique. Le devoir de mémoire est plus que jamais en péril, les derniers survivants du nazisme disparaissent. Qui pour reprendre le flambeau dans le combat contre les extrêmes ?
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Caroline Martin
