« The Social Reckoning » de Aaron Sorkin : beaucoup de bruit pour rien

Avec les scandales à répétition qui ont ébranlé Facebook, la suite de The Social Network semblait presque s’imposer. D’autant qu’Aaron Sorkin, scénariste du premier film, connaît mieux que personne les rouages du pouvoir US. Pourtant, ce qui aurait dû être une plongée vertigineuse dans la toxicité des réseaux sociaux se transforme en une enquête scolaire, bavarde et étonnamment inerte.

The Social Reckoning
© Sony Pictures

Donner une suite à The Social Network était tout à fait légitime : après un premier film sur l’acte de naissance de Facebook, la croissance du monstre et son impact sur le comportement des usagers est un véritable sujet de civilisation contemporaine. Les charges contre la firme se sont multipliées, et quiconque se renseigne un peu – y compris par Facebook, comme 43% de la population – est au courant de ses pratiques, et de sa mise en avant des interactions haineuses pour produire de l’engagement et du profit.

The Social Reckoning afficheAaron Sorkin, scénariste du premier volet, passe ici à la réalisation, ce qui semble tout aussi logique : le scénariste a scanné avec un regard aigu l’Amérique depuis plus d’un quart de siècle, et son écriture bavarde et dynamique, qui faisait des miracles dans The Social Network, sied parfaitement au sujet.

Reste à convaincre en succédant à David Fincher. On pourrait, par ce prisme, dézinguer très facilement l’ensemble du film, en pointant sa réalisation paresseuse, la laideur de sa photo, la dimension scolaire de ses images et la fonctionnalité routinière de sa mise en scène. N’est pas Fincher qui veut, bien entendu, mais il aurait été tout aussi maladroit de vouloir le pasticher pour s’inscrire dans une continuité qui n’avait pas lieu d’être.

Non : le véritable ratage de The Social Reckoning réside bien dans son écriture, et dans le traitement de son sujet. Après un prologue prometteur, où l’on retrouve la patte de l’auteur (séquence dilatée qui dérape progressivement, travaillant le contraste entre le pétage de plomb individuel et la posture professionnelle devant lui faire front), Sorkin déroule les attendus d’un film enquête par la relation entre un journaliste (insipide Jeremy Allen White) et sa source (introvertie Mikey Madison), pour mettre au jour les pratiques douteuses d’une firme toute-puissante, dirigée par Jeremy Strong, qui en guise de méthode Actor Studio, s’est enfilé dans le rectum un manche à balai de la taille du Burj Khalifa.

Les dialogues, si souvent loués chez Sorkin, se contentent de distribuer les questions et les réponses, et les artifices de narration (sauts dans le temps stériles, montages alternés redondants) ne parviennent jamais à s’emparer de tout le potentiel du sujet. Chacun fait son petit numéro, et tous les ingrédients viennent trouver leur place dans une fonctionnalité gênante et figée : la musique, l’humour, les mentions des ravages de Facebook en arrière-plan dans les restaurants, les tentatives de caractérisation des personnages, dont cette idée stupide pour justifier le fait de mettre Madison en décolleté durant ses interactions, histoire d’éviter que le spectateur se dise qu’il aurait peut-être mieux fait d’écouter un podcast sur le sujet.

The Social Reckoning est à l’image du portrait qu’il brosse de Zuckerberg : un centre de contrôle obsédé par l’efficacité, et par conséquent dénué de toute âme. À la fin de The Social Network, le dieu créateur se retrouvait seul dans sa tour de verre, isolé d’un monde dont il orchestrait pourtant les interactions. C’est précisément cette dévitalisation qui gangrène cette suite, qui ne cesse de parler des ravages des réseaux sociaux, sans avoir la moindre capacité à restituer la dynamique pulsionnelle, émotionnelle et toxique qu’ils parviennent à générer.

Sergent Pepper

The Social Reckoning
Film US d’Aaron Sorkin
Avec : Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong…
Genre : Drame
Durée : 1 h 52
Date de sortie en salle : 7 octobre 2026

 

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