[Live Report] The Wants au Supersonic le vendredi 6 mars : nous avons vu le futur du Rock’n’Roll…

Vous n’étiez pas au milieu de la petite foule au Supersonic vendredi soir pour découvrir The Wants, le nouveau projet de l’étonnant Madison Velding-VanDam (de Bodega) ? Dommage, vous auriez pu avoir une vue saisissante sinon sur le futur de notre musique, mais au moins sur son présent le plus brillant !

The Wants au Supersonic
Copyright André Beaulieu

Il y a quand même des bons côtés dans notre société hyper branchée, connectée à mort, comme la possibilité d’être là juste au moment, voire même une micro seconde avant qu’un groupe inconnu devienne un météore. Et pouvoir prononcer au moins une nuit les fameux mots : “j’ai vu le futur du Rock’n’Roll, et il s’appelle…”.

Car depuis quelques jours, ça tournait sur les réseaux : cette semaine, à Paris, à part Algiers à la Maro, le truc qu’il ne fallait absolument pas manquer, c’était The Wants au Supersonic. On y était donc, avec quelques amis, au cas où…

20h30 : Queen Philip : un jeune quartet parisien jouant un rock nerveux mais un peu passe-partout. Une musique qui accroche l’oreille de prime abord, mais se révèle assez banale. Un peu trop sage finalement, manquant d’imagination et de souffle, malgré une agréable efficacité. Le chanteur a une bonne voix, ce qui n’est toujours pas si fréquent avec les groupes français, les chansons démarrent bien mais s’éternisent un peu, et finissent par user notre intérêt… Queen Philip est un groupe sympathique, clairement encore débutant, mais à la bonne attitude… Les 45 minutes qui leurs sont imparties paraissent finalement longuettes, même si leur single Kill Myself injecte un peu d’énergie sur la fin du set.

21h30 : Nuncino : alors là, c’est une autre paire de manches. Ce duo, qui quelque part pourrait être des Sleaford Mods de chez nous, propose l’inverse du groupe précédent : un concept à la mode, de l’électro noise un peu crade, avec des percussions qui rajoutent un peu d’organique bien venu sur des textures et des beats électro quant à eux très convenus. Là où ça pèche franchement, c’est au niveau de la voix, très mauvaise. Et puis ce qu’on comprend des textes en anglais est assez répétitif et ras du plancher. Finalement tout ça sombre rapidement dans la vulgarité et la facilité. Pas très professionnels, nos amis dépassent largement leur temps imparti alors que la plus grande partie du public s’ennuie. Ce moment assez désagréable est une nouvelle preuve que faire de la musique déjantée et rebelle requiert du talent.

 

The Wants au Supersonic
Copyright André Beaulieu

22h40 : le trio de Brooklyn, The Wants, ont maintenant rempli le Supersonic jusqu’à ras bord : c’est bon signe, la hype fonctionne, il nous reste à nous confronter à la réalité. Sur scène, trois jeunes gens vêtus de noir, au look austère comme il faut : un batteur décontracté, une jeune femme bien mise à la basse, un géant assez inquiétant à la guitare, qui s’avère être Madison Velding-VanDam, membre de Bodega et leader de cette nouvelle expérience misicale. Et quand ça démarre, on est sur le c…, immédiatement.

The Wants au SupersonicLe son de The Wants, c’est le exactement le son de 2020 : sec, dur, épileptique même, nourri paradoxalement d’électronique. On cherche les références, on parcourt notre mémoire : Devo, Talking Heads, Wire, XTC des tous débuts, la furie des premiers titres des B-52’s même. Mais en fait, non, pas du tout : The Wants, ce n’est pas le passé qui se répète, c’est du tout nouveau. Car, au-delà des moments où l’on danse, des légères connotations électroniques, voilà que surgit d’un coup une guitare littéralement tellurique, qui vient noyer tout ça dans un déluge sonore radical. Sonic Youth qui jouerait du heavy metal, mais avec des coups de scalpel dans la masse : tranchant, oui c’est ça. Madison a un jeu de scène saisissant, un déhanché spectaculaire (magnifique ?), une ambiguïté absolue, on va dire mi-féminin, mi-aliéné. Le voir arpenter la petite scène du Supersonic en larguant du plomb fondu sur les rythmiques de mécaniques emballées des chansons est une grande expérience. L’une de celles dont on se souviendra longtemps, toujours peut-être.

Il y a deux ou trois moments au cours des courtes quarante-cinq minutes, rappel compris, du set de The Wants, où tout le premier rang de spectateurs échange des regards de connivence, de soulagement, d’incrédulité, même : oui, ce soir, c’est ça, c’est exactement ça. Ce qu’on attend et qui arrive si peu souvent. C’est une joie, aussi, une satisfaction profonde, que d’assister à la naissance d’une MUSIQUE.

Bon, malgré notre enthousiasme absolu, admettons que tous les morceaux ne seront pas à la même hauteur stratosphérique, bien sûr, mais affirmons sans crainte que les chansons un tantinet moins extraordinaires auront été au moins passionnantes, innovantes ou surprenantes… c’est dire…

L’album de The Wants va sortir dans quelques jours, et le groupe ne nous appartiendra plus. Tiendra-t-il toutes ses promesses ? Impossible de le jurer, mais au moins, ce soir au Supersonic, l’enchantement a fonctionné à plein.

Quelques fois, on lit des choses vraies sur les réseaux sociaux.

Texte : Eric Debarnot
Photos : André Beaulieu / Eric Debarnot

The Wants au Supersonic

Les musiciens de The Wants sur scène :
Madison Velding-VanDam : guitare, voix
Jason Gates : batterie
Heather Elle : basse, synthés, voix

La setlist du concert de The Wants :
Ramp
Nuclear Party
Container
Fear My Society
The Motor
Ape Trap
Hydra
Islands Of Cells
The Waiting Room
Clearly A Crisis
Encore :
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