Les meilleures bandes dessinées de 2020 : le Top 10 BENZINE

En cette année 2020 marquée par un satané virus, le monde de la culture aura été durement secoué. Même si rien n’est gagné, le neuvième art et l’édition en général semblent avoir mieux résisté à la tempête. Notre dream team Benzine vous propose sa sélection.

Cette année hors-normes avait bien mal commencé, avec un premier confinement qui avait reporté la quasi-totalité des parutions prévues au premier semestre. Le second confinement, auquel personne ne croyait vraiment, aura été heureusement moins sévère pour les éditeurs et les libraires, qui ont pu contrer tant bien que mal l’ogre Amazon.

Les sorties 2020, amputées d’un bon trimestre, nous ont toutefois réservé de bonnes surprises. Nos chroniqueurs ont sorti leur épuisette pour vous concocter leur best-of traditionnel de l’année écoulée. Lewis Trondheim reste toujours un des favoris des Tops Benzine avec ses Donjons et son Lapinot inoxydables, tout comme Riad Sattouf qui continue à nous séduire avec le cinquième volet de son réjouissant Arabe du futur. Derf Backderf, autre habitué de ces pages, nous a conquis avec son Kent State, miroir d’un passé peu glorieux éclairant cette Amérique dont le « rêve » se fait toujours plus inquiétant, une Amérique que Brüno et Nury analysent également avec subtilité dans L’Homme qui tua Chris Kyle, évocation d’un sniper adulé par cette frange armée et nazifiante abhorrant les « losers ». Enfin, Peau d’homme, le conte délicieux que nous auront offert Zanzim et Hubert Boulard, avant que celui-ci ne tire sa révérence en début d’année, a été salué unanimement par la critique, comme un antidote à la sinistrose ambiante, une ode à la liberté, à la tolérance et peut-être davantage encore à la résistance face à tous les intégrismes, dans un contexte où le terrorisme bête et aveugle, peut-être par jalousie pour la pandémie actuelle, semble n’avoir pas renoncé à se faire oublier.

Nos 10 albums “coup cœur” pour 2020 :

Peau d’homme – Hubert & Zanzim (Glénat)

Ce conte médiéval au propos extrêmement moderne sur la théorie du genre restera comme le plus bel héritage du regretté Hubert, en collaboration avec Zanzim, qui sublime le récit par son dessin candide et enchanteur. Peau d’homme s’impose incontestablement comme le must venu illuminer cette année grise, tant par la forme que par le fond. Car en ces temps incertains où l’on assiste à une montée en puissance de l’intolérance, le propos à la fois malicieux et empathique de ce récit sème le trouble dans nos certitudes et nos préjugés quant à l’appartenance sexuelle, tout en taillant de profondes croupières au paternalisme si enraciné de nos sociétés, et ça, ça fait un bien fou. Chronique complète

L’Arabe du futur t.5 – Riad Sattouf (Allary Editions)

Si le tome 5 de la série phare de la littérature française actuelle, L’Arabe du futur, est une parenthèse désenchantée dans la guerre familiale (et culturelle, et religieuse) de la famille Sattouf, c’est aussi l’un des plus riches à date : ses 176 pages nous racontent la vie à Rennes du jeune Riad Sattouf, au sein d’une famille dévastée par l’enlèvement d’un enfant par son père, et aussi, heureusement, pour lui, dans son collège, puis son lycée, où il connaît les affres – finalement bien moins tragiques – de l’adolescence. La fin, suspendue, incertaine, déchirante, peut-être parmi les meilleures expériences de BD que nous aurons pu avoir en 2020 ! Chronique complète

Kent State – Derf Backderf (Éditions çà et là)

Dans ce docu-BD saisissant, Backderf évoque la contestation contre la guerre du Vietnam aux États-Unis dans les années 60-70, à travers la sanglante répression qui s’était exercée contre les étudiants sur le campus de l’université de Kent State, dans l’Ohio. L’événement avait eu des répercussions dans tout le pays, contribuant à retourner l’opinion publique vis-à-vis de l’engagement des USA dans cette guerre. Un travail de mémoire salutaire à l’heure où les forces réactionnaires et leurs fake news, soutenues par le bientôt déchu (fort heureusement) « président orange », s’arcboutent sur leurs certitudes.
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Mind MGMT 1/3 et 2/3 – Matt Kindt (Monsieur Toussaint Louverture)

On attend pour janvier le 3ème volume de l’édition par l’excellente maison Monsieur Toussaint Louverture de l’œuvre colossale de Matt Kindt, Mind MGMT, mais on peut déjà en faire sans réserve les louanges tant les deux premiers ont marqué 2020. D’abord parce que l’histoire du Mind MGMT– mutants aux super-pouvoirs mentaux terrifiants et agence ultra-secrète bien déterminée à influencer en douce l’histoire de l’humanité – est vertigineuse ; ensuite parce que, même si elle ne facilite pas toujours la lecture, l’inventivité formelle de Kindt est stupéfiante. Le résultat est l’une des œuvres les plus fascinantes que nous ayons lues depuis longtemps. Chronique tome 1 Chronique tome 2

Cathédrale — Jacques-Armand Cardon (Le Monte-en-l’air/Super Loto Éditions)

Tels les anciens maîtres artisans, Cardon nous livre son chef d’œuvre, un travail fascinant, autobiographique et allégorique, sur les grandes étapes de sa vie, de sa plus tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. Cardon n’a pas choisi la facilité. Le bel ouvrage est patient. Son trait évoque le geste du mécanicien limant une pièce de métal. Cardon possède plusieurs cordes à son arc. Il manie aussi bien l’humour noir d’un Claude Serre, que la poésie fantastique et absurde d’un Jean Gourmelin. Il a lu et relu le Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. S’il admire le chef d’œuvre, il déplore le rôle offert à l’Ananké, cette personnification de la destinée et du fatalisme. Car, le mal n’est ni extérieur, ni divin : il est humain, rien qu’humain.
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Rita sauvée des eaux – Sophie Legoubin Caupeil / Alice Charbin (Delcourt)

Rita, sauvée des eaux est un roman graphique pour adultes, mais c’est aussi tout son contraire. C’est un livre humble, léger, prétendant seulement partager une expérience humaine à la fois ordinaire (l’amour d’un pays – l’Inde – et de sa culture) et extraordinaire (une famille frappée par le malheur). Pour mettre en images son histoire, Sophie Legoubin Caupeil a bénéficié de la collaboration au dessin d’Alice Charbin, illustratrice de livres pour la jeunesse, qui transcrit merveilleusement, avec une fausse simplicité combinant à la fois épure et souci du détail juste, la richesse de l’Inde, le foisonnement des situations et des images au sein desquelles s’insère le trajet de Sophie. Chronique complète

Les Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 4 : Un peu d’amour — Lewis Trondheim (L’Association)

Pour cette nouvelle bande dessinée, le père de Lapinot utilise le strip (formule en trois ou quatre cases avec un gag au bout) pour raconter comment Lapinot va aider un sans-abri à devenir un écrivain avec l’aide d’une bibliothécaire un peu possessive sur les bords, tout ça sur fond de société ultra-connectée. Un récit ponctué d’un humour absolument délectable avec des dialogues plus désopilants les uns que les autres qui nous mettent la banane tout au long du livre. Qu’on se le dise, ce Lapinot est un grand cru ! Chronique complète

L’Homme qui tua Chris Kyle — Fabien Nury & Brüno (Dargaud)

Dans ce livre en forme de documentaire, Fabien Nury raconte de manière très détaillée les dernières heures de la vie de Chris Kyle, avec, en parallèle, le portrait de son meurtrier, Eddie Ray Routh, lui-même un vétéran de la guerre en Irak mais qui, contrairement à Kyle, a sombré corps et âme dans la folie. En fond, on redécouvre le portrait de cette Amérique d’aujourd’hui telle qu’on la connait, qui glorifie autant Dieu que les armes. Un bon complément au film American Sniper, qui soit dit en passant, reste un des films les plus réussis de Clint Eastwood au cours de ces dernières années. Chronique complète

Evita — Héctor Oesterheld & Alberto Breccia (Delcourt)

Evita est une œuvre politique, un travail sur la mémoire et deux testaments, ceux d’Eva Perón et de son biographe Oesterheld. Evita s’inscrit, comme Che, dans la volonté d’Hector Oesterheld de mettre en lumière les personnalités latino-américaines oubliées dans le contexte politique des années 1970. Le scénario a été abandonné à cause d’aléas politiques, puis redécouvert dans les années 2000. Un livre historique qui a bien failli ne jamais exister.
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La Dernière Rose de l’été – Lucas Harari (Sarbacane)

Après L’Aimant, c’est avec une impatience non feinte que l’on attendait la nouvelle œuvre de Lucas Harari. L’auteur quitte ainsi l’atmosphère montagnarde hivernale des Alpes suisses pour épouser la douceur méditerranéenne, dans un cadre solaire idyllique. La Dernière Rose de l’été peut se résumer comme un thriller hitchcockien à l’ambiance contemplative, évoquant le cinéma de la « Nouvelle vague », avec un zeste de farniente, de liaisons dangereuses et d’amours esquissées. Chronique complète

Les tops albums des rédacteurs :

Eric Debarnot

1. L’Arabe du Futur T5 – Riad Sattouf (Allary Editions)
2. Mind MGMT 1/3 et 2/3 – Matt Kindt (Monsieur Toussaint Louverture)
3. Rita sauvée des eaux – Alice Charbin & Sophie Legoupin Caupeil (Delcourt)
4. Réveille-toi et meurs – Donjon Monsters T13 – David B, Joann Sfar & Lewis Trondheim (Delcourt)
5. Le Dernier Atlas T2 – Hervé Tanquerelle, Frédéric Blanchard & Fabien Vehlmann (Dupuis)
6. L’armée du crâne – Donjon Antipodes T-10000 – Gregory Panaccione, Joann Sfar & Lewis Trondheim (Delcourt)
7. Hors-saison – James Sturm (Delcourt)
8. Neuf Mois et toi – Lucy Knisley (Casterman)
9. Le Marais – Yoshiharu Tsuge (Cornélius)
10. Les Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 4 : Un peu d’amour – Lewis Trondheim (L’Association)

Benoit Richard

1. Les Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 4 : Un peu d’amour – Lewis Trondheim (L’Association)
2. L’Homme qui tua Chris Kyle – Fabien Nury & Brüno (Dargaud)
3. Prosélytisme & morts-vivants – Lewis Trondheim (L’Association)
4. Maison ronde – Charlie Zanello (Dargaud)
5. Dépôt de bilan de compétences – David Snug (nada éditions)
6. Mes quatre saisons – Nicoby (Dargaud)
7. Kent State – Derf Backderf (Éditions çà et là)
8. Quatorze Juillet – Bastien Vivès et Martin Quenehen (Casterman)
9. Comédie française, voyages dans l’antichambre du pouvoir – Mathieu Sapin (Dargaud)
10. Le Bord du gouffre – Noah Van Sciver (L’Employé du moi)

Stéphane de Boysson

1. La Cathédrale – Cardon (Le Monte En l’Air/Super Loto Éditions)
2. Évita – Héctor Germán Oesterheld, Alberto Breccia (Delcourt)
3. L’Homme qui tua Chris Kyle – Fabien Nury, Brüno (Dargaud)
4. Empire State – Jason Shiga (Cambourakis)
5. Sengo, tome 4 : Souvenirs – Sansuke Yamada (Casterman)
6. Pendant ce temps – Pelle Forshed (L’Agrume)
7. Ghost Kid – Tiburce Oger (Bamboo)
8. Sœurs d’Ys – Matthew Tobin Anderson, Jo Rioux (Rue de Sèvres)
9. Castelmaure – Lewis Trondheim, Alfred (Delcourt)
10. Rorbuer – Aurélie Wilmet (Super Loto Éditions)

Laurent Proudhon

1. Peau d’homme, de Hubert & Zanzim (Glénat)
2. La Dernière Rose de l’été , de Lucas Harari (Sarbacane)
3. Le Grand Voyage de Rameau, de Phicil (Soleil/Métamorphose)
4. Le Vagabond des étoiles, seconde partie, de Riff Reb’s (Soleil)
5. Béatrice, de Joris Mertens (Rue de Sèvres)
6. Mangez-le si vous voulez, de Dominique Gelli (Delcourt)
7. La Fange, de Pat Grant (Ici Même)
8. Anaïs Nin – Sur la mer des mensonges, de Léonie Bischoff (Casterman)
9. Kent State, de Derf Backderf (Éditions çà et là)
10. Connexions, tome 1 : Faux accords, de Pierre Jeanneau (Tanibis)