Jessie Ware – Superbloom : en pleine floraison

Elle a mis du temps à trouver sa robe. Mais depuis qu’elle l’a enfilée, Jessie Ware ne la quitte plus. Superbloom, sixième album de la Londonienne, est un disque de diva disco accomplie : solaire, charnel, taillé pour faire bouger les corps et illuminer les visages.

Il y a des carrières qui trouvent la lumière par accident et des virages qui changent tout. Jessie Ware, ancienne journaliste reconvertie à la musique après des années de backing vocals pour la scène indie britannique chez Sampha ou SBTRKT, aurait tout aussi bien pu rester cette chanteuse pop certes sympathique mais noyée au milieu des autres comme la prédestinaient ses trois premiers disques. Et puis vint alors une mue spectaculaire. Avec What’s Your Pleasure? en 2020, elle mise sur une vibe revival dance/disco irrésistible, et enfonce le clou trois ans plus tard avec le tout aussi plaisant That! Feels Good!. Superbloom, sixième disque, se doit d’être la confirmation éclatante qu’elle a trouvé sa place pour de bon.

Et il suffit seulement de quarante-huit secondes d’intro et de mise en condition avant que la machine ne s’enclenche pour ne plus jamais s’arrêter. L’efficace single lancé en janvier pour réchauffer l’hiver I Could Get Used To This est très intelligemment placé d’emblée pour ouvrir le bal et planter le décor: luxure, volupté, du R&B disco sexy et élégant bardé de cordes, le tableau est complet. C’est le carton d’invitation et c’est parfaitement calibré pour ouvrir sur la suite, charnelle et fun de bout en bout.

Treize titres, une architecture soignée pensée en compagnie d’une armée de producteurs talentueux (James Ford, Barney Lister, Karma Kid, Stuart Price) pour tourner autour d’un seul axe : Jessie Ware dans son rôle de diva disco majestueuse. Elle s’en donne clairement à cœur joie ici et déploie sa panoplie complète, plus sensuelle que jamais. Quitte à tirer un peu trop le trait parfois, à la limite du stéréotype. On pense au « popeux » Ride et son sample d’Ennio Morricone, Don’t You Know Who I Am, très I Will Survive de Gloria Gaynor ou le 80’s Sauna.

Autant de ficelles un peu grosses qu’on finit tout de même par lui pardonner, pris dans le tourbillon de paillettes et la lumière des stroboscopes mais surtout par l’atmosphère feel good totalement contagieuse. Parce qu’à côté des quelques tics, il y a des pépites à ne plus savoir quoi en faire. Mr Valentine ou l’excellent Automatic et sa vibe soul 70’s ont plus d’un atout dans leur manche pour pousser à enchainer quelques pas quand les downtempo Superbloom ou Love You For (très Jungle dans sa vibe) savent faire redescendre la pression avec classe. Tout comme le magnifique final, le bien nommé Mon Amour, parfaite conclusion à cette effusion de sentiments et de tendresse.

Superbloom n’est pas qu’un exercice de style, même si le style est impeccable. Un titre comme 16 Summers, juste piano et voix, où Ware réfléchit au temps qui passe, tombe au milieu du disque comme un moment de grâce, presque déroutant au milieu de toute cette jubilation. C’est ce genre d’écart qui fait la différence entre un bon disque dancefloor et une proposition artistique plus large. Totalement sûre de son fait, Jessie Ware n’a jamais paru aussi épanouie. Elle connait son sujet sur le bout des doigts, des lèvres et il y a quelque chose de réjouissant à voir une artiste atteindre ce niveau de maîtrise et de plaisir en même temps. Parce que oui les deux se sont pas incompatibles.

Alexandre De Freitas

Jessie Ware – Superbloom
Label : EMI
Date de sortie : 17 avril 2026

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