« Histoires de la nuit » de Léa Mysius : Empty Games

En adaptant le roman fleuve de Laurent Mauvignier, Léa Mysius s’empare d’un matériau particulièrement difficile à transposer au cinéma. Malgré une mise en scène ambitieuse et une remarquable photographie, Histoires de la nuit peine à trouver l’équilibre entre thriller, étude psychologique et exercice de style.

Histoires de la nuit
© F Comme Film – France 3 Cinéma – Division

Présenté au dernier festival de Cannes, Histoires de la nuit était un projet très excitant sur le papier : par son casting de haut vol, l’adaptation du livre de Mauvignier (qui, entre temps, avait publié La Maison Vide qui lui a valu le Goncourt), et le parcours de sa réalisatrice, Léa Mysius, qui pour son troisième film aura gravi les différentes sélections (Semaine de la Critique, Quinzaine) avant d’accéder à la Compétition. En résulte un film inégal, qui apporte une nouvelle pierre au complexe édifice de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire…

Histoires de la nuit afficheLe roman de Mauvignier, qui dilatait 24 heures en 600 pages, travaillait une forme qui lui est familière : un récit sinueux, qui diffère sans cesse l’événement par le retour en arrière, et privilégie l’exploration des personnages, le fardeau qu’ils charrient et qui s’est densifié au fil du temps, sur les actes presque insignifiants du présent.

Autant dire que cette histoire d’home invasion ne se destinait pas à une adaptation filmique, à moins de le dégraisser dans les grandes largeurs. Ce que fait Léa Mysius, dans un récit tendu qui reprend le principe d’History of violence, le déplace sur un personnage féminin et dans la campagne française. Rien de condamnable, évidemment : le potentiel du genre est indéniable, et la cinéaste travaille dans la profondeur ce que le cinéma peut lui apporter. La disposition spatiale des deux maisons isolées, le contraste entre la nuit et les rais de lumières (la superbe photographie de Paul Guilhaume est l’un des grands atouts du film), le jeu sur l’alternance entre les deux lieus et la montée progressive à l’étage, ainsi qu’un interlude en noir et blanc assez original témoignent d’une maîtrise formelle indiscutable.

Reste à savoir ce que tout cet arsenal peut mettre en lumière. Mysius a beau vouloir nous montrer que chaque personnage a ses zones d’ombre et qu’elle refuse le clivage entre les intrus et les victimes, l’ensemble a beaucoup de mal à fonctionner. L’interprétation, très inégale, fait d’autant plus briller le cabotinage de l’ogre Magimel (et de Paul Hamy, qui s’en sort assez bien) qu’elle affadit la prestation des autres. Les lourdeurs d’écriture (la révélation sur les activités du mari, la symbolique du tableau sur lequel il « manque quelque chose »), la maigreur de l’arc narratif finissent par considérablement fragiliser la structure.

Coincé entre l’ambition esthétique, la complexité psychologique (comme ce point de vue de l’enfant, qui ménage une piste intéressante et ne fonctionne pourtant pas) et le plus franc divertissement à l’ancienne, le film ne trouve jamais sa voie, et peine en réalité à dépasser le thriller banal. Ses évolutions vers la violence la plus franche ressemblent davantage à une récompense primaire d’un spectateur à la lisière de l’ennui qu’un aboutissement cohérent par rapport à l’atmosphère qu’on tentait laborieusement d’instaurer.

Sergent Pepper

Histoires de la nuit
Film français de Léa Mysius
Avec : Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon, Monica Bellucci, Paul Hamy…
Genre : Thriller, drame
Durée : 1 h 54
Date de sortie en salle : 16 septembre 2026

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