[Netflix] The End of the F***ing World : no future ?

Pas vraiment désiré, le retour pour une seconde saison, The End of the F***ing World, la petite série anglaise qui avait fait l’événement il y a 2 ans sur Netflix, peut diviser.

Jessica Barden – Copyright Netflix

A l’origine de The End of the F***ing World, il y avait donc le roman graphique US de Charles Forsman, sorti chez L’Employé du Moi en 2011 (lire la critique). Il y a deux ans on découvrait l’adaptation en série sur Netflix transposéé dans l’inimitable grisaille d’Outre-Manche et avec le non moins inimitable humour local lui évitaient largement de n’être qu’un alignement de stéréotypes de plus sur un couple de jeunes « amants » fugitifs et meurtriers.

La première saison de The End of the F—ing World était un objet assez bâtard, entre poncifs éculés sur le rejet du monde pourri des adultes – tous plus lamentables les uns que les autres – par des adolescents qui n’y trouvaient naturellement pas leur place, et ultra-réalisme lucide à la Ken Loach. La petitesse des paysages anglais, la topographie qui faisait qu’on arrivait très vite au bord de la mer sans être pourtant jamais vraiment loin de son point départ, rafraîchissait les codes du road movie, tandis que le mythe du psychopathe – incarné non sans crédibilité par un excellent Alex Lawther perpétuellement hébété – se retrouvait mis à mal par la confrontation avec la véritable violence du monde. On était plus circonspect quant à la description, à la fois pudique (coincée ?) et savoureuse, de l’histoire d’amour qui se développait inévitablement entre les deux fugueurs, et par le simplisme psychologique de l’attribution de tout leur mal-être à des parents absents ou paumés : il était donc de bonne guerre de critiquer le déroulement d’une histoire qui enchaînait d’abord les rencontres farfelues, improbables, pour mieux retrouver à la fin les conventions du drame. Pourtant, impossible de faire fi de la superbe atmosphère qui se dégageait peu à peu de ces huit premiers épisodes très courts, grâce à une excellente B.O. et surtout à une interprétation globalement très juste. Avec en bonus, une très belle conclusion tragique…

(attention, spoilers à suivre !)

On n’avait donc pas du tout envie de retrouver James – survivant – et Alyssa – fiancée – deux ans plus tard, dans une seconde saison qui ne s’imposait pas !
On résiste donc : Alyssa fait toujours la (même) gueule et nous épuise, James a grandi, presque un homme déjà, il a appris à ressentir des choses, on regrette l’adolescent frêle et presque autiste qui fêtait juste ses 18 ans. Alyssa et James sont cette fois menacés par Bonnie, une autre victime de parents mal-aimants / maltraitants : ça fait beaucoup, non ? Et puis il y a une autre mort violente à mi-parcours, même si le parcours cette fois ressemble plutôt à du sur-place. Une sorte de boucle temporelle dont on n’arrive pas à sortir. The End of the F***ing World pue désormais le désespoir. Accable. Englue. Dépite. Déprime. C’est culotté, finalement : l’énergie foutraque qui caressait un peu trop le public contemporain dans le sens du poil a largement disparu. L’humour aussi. On se fait la gueule, on ne se dit jamais ce qu’on pense – avec toujours ce drôle de décalage avec les pensées, en voix off (une belle idée qui fonctionne encore…). A 20 ans, on est finalement devenus aussi cons, aussi paumés que nos parents, non ?

Au 7e épisode, on pense, on espère que tout cela finit mal, très, très logiquement : l’amour a disparu, a-t-il même jamais été autre chose qu’une illusoire bouée pour ne pas sombrer ? Une balle dans la tête chacun, c’est bien, ça : c’est même la conclusion idéale.
Et puis il y a le 8e épisode, le happy end en sorte, qui énerve. Qui fait regretter encore plus de ne pas en être restés à la première saison, plus bling-bling, moins sincère, moins douloureuse, moins honnête sans doute, mais plus radicale. La seconde saison de The end of the F***ing World se termine sur un mensonge, un gros. Un de ceux qui permet de vivre, encore, quand tout est perdu. C’est peut-être nécessaire, un mensonge ?
… Et ça n’appelle surtout pas une troisième saison !

Eric Debarnot

The End of the F***ing World – Saison 2
Série anglaise de Charlie Covell
Avec : Jessica Barden, Alex Lawther, Naomi Ackie…
8 épisodes de 20 min environ
Mise en ligne (Netflix) : 4 novembre 2019

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