« C’était ça ou mourir », de Thélyson Orélien : dans l’enfer de l’exil

Une fuite qui devient épopée, celle de Jonas Dorléon, un enseignant haïtien qui tente d’échapper à la violence de son île. Journal de bord d’un migrant, C’était ça ou mourir est le récit puissant d’un combat pour la dignité, magnifié par l’écriture vigoureuse de Thélyson Orélien.

Thelyson-Orélien-2026
© JF PAGA

« Je vous jure, ce jour-là, j’ai ri. Oui, moi, Jonas Dorléon, fils de Marthe la couturière et de Dieudonné le pêcheur, né à Carrefours-Feuilles, élevé au goût du sel, du rhum clair et de l’école publique, j’ai ri comme un idiot, un imbécile fini, un fou à l’élastique trop tendu. »

Que vous reste-t-il quand vous avez tout perdu, que votre maison est en cendres, que votre quartier est devenu « un cimetière sans tombes », que vous-même avez le sentiment d’être un mort en sursis ? Pour Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie à Port-au-Prince, ce sera le rire et l’exil. « J’ai perdu ma maison mais j’ai trouvé ma fuite ». Il quitte Haïti ravagée par la guerre des gangs, avec pour tout bagage une photo de sa mère, un carnet de poèmes et un slip propre. Direction la République dominicaine, avant de s’engager dans un périple de plusieurs semaines à travers douze pays, fait de souffrances et d’humiliations, d’espoirs et de désillusions. Enfin, Jonas arrivera au Canada où lui seront offertes des conditions de vie plus dignes.

C-etait-ca-ou-mourirJournal de bord d’un migrant, C’était ça ou mourir constitue un puissant témoignage sur la réalité de l’exil : une fuite contrainte qui signifie l’abandon de ses racines, de ses proches, de son métier, de sa langue. Une « lente érosion de soi » qui, faisant de vous un sans-papiers, vient menacer votre identité. Exploité, malmené, victime de l’implacable politique migratoire des États-Unis, Jonas est engagé dans un combat permanent. Pour sa survie, dans la traversée d’un enfer dont il sait qu’il ne le mènera qu’à un autre enfer. Pour sa dignité, tandis que son « refuge en papier », le recueil du poète René Depestre qu’il conserve toujours sur lui, vient lui rappeler que la propreté est une forme de résistance à la déshumanisation.

Écrit à partir des témoignages de nombreux émigrés – malgré l’usage du « je », ce n’est pas un livre autobiographique – C’était ça ou mourir nous entraîne dans l’urgence de sa course effrénée. La puissance du récit de Thélyson Orélien, un écrivain québécois d’origine haïtienne jusque-là inconnu, tient évidemment à ce qu’il nous fait vivre de la réalité des migrants : les expulsions, la misère, la peur – un livre sur lequel, dit-il plane l’ombre de L’Odyssée et du Voyage au bout de la nuit. Mais aussi à une langue d’une extraordinaire vitalité, réaliste, imagée, vigoureuse. Quelques facilités sans doute, des formules plus journalistiques que littéraires et quelques tics d’écriture qui finissent par lasser. Mais, avant tout, une belle découverte, de celles qui laissent une empreinte durable.

Anne Randon

C’était ça ou mourir
Roman de Thélyson Orélien
Éditions Grasset
272 pages – 21,50€
Date de parution : 19 août 2026

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