Neil Young and the Chrome Hearts – Second Song : Retour sur une vie bien remplie

Plus crépusculaire que jamais, Neil Young se retourne vers son passé et nous offre un disque testament, principalement acoustique, qui restera parmi les plus marquants de sa fin de carrière, notamment pour ses deux longs morceaux de bravoure.

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Peut-on envisager la vie sans Neil Young quand on est un de ses inconditionnels ? Quand les sorties de ses nombreux albums ou les tournées ont embelli notre quotidien depuis plus de 40 ans ? C’est la même question que pour Dylan ou McCartney, bien sûr, mais renforcée par le fait que le Loner est, peut-être à tort si on en juge par ses albums inégaux, beaucoup plus productif que ses collègues du même âge. L’annulation de la tournée européenne de l’été dernier pour raisons de santé, après un concert imparfait à l’Adidas Arena un an avant, a en tout cas mis sur la table ce que sa suractivité discographique occultait : Neil Young a 80 ans et n’est pas éternel.

S’il a décidé de lever un peu le pied sur les tournées épuisantes, Neil Young n’a pas pour autant décidé de ne plus écrire ni sortir des disques, ce qui nous permet de découvrir aujourd’hui ce Second Song.

Si la parution officielle du disque était plus attendue que les précédentes, c’est qu’elle avait été précédée par la sortie du morceau-titre : une longue méditation de 11 minutes sur le temps qui passe, le monde dont les enfants vont hériter, la mémoire et les feuilles mortes. La chanson évoque aussi la disparition d’un monde, une projection dans le futur, les oiseaux et l’écologie, bien sûr. Le tout avec des images poignantes, des phrases énigmatiques (là où Young peut parfois se montrer un peu trop didactique) et une ambiance acoustique digne du meilleur Harvest Moon. L’un des meilleurs morceaux de Neil Young depuis longtemps, et le parfait teasing pour un album que l’on pressentait, à raison, marqué par la vieillesse, les souvenirs et la mortalité.

The Foggy Edge of Time donne le ton, avec Neil Young faisant explicitement référence à sa découverte de son ranch adoré, Broken Arrow : “I thought about the early days / When I was young and found that place” (Je repensais aux premiers jours / quand j’étais jeune et que j’ai trouvé cet endroit), ses trois enfants, le divorce d’avec Pegi Young et son départ de ce lieu emblématique : “I know now that I had to go / leave everything I love behind / out on the foggy edge of time” (Je sais maintenant que je devais partir / laisser derrière moi tout ce que j’aime / là-bas, au bord brumeux du temps). Neil est au piano, aidé par le fidèle Spooner Oldham, et LaGerfo leur offre un tempo léger. Reconnaissons que, musicalement, ce n’est pas vraiment indispensable.

Les choses deviennent sérieuses avec Day After Day, et la jolie signature acoustique que l’on retrouvait dans Prairie Wind. Micah est dans les chœurs, et nous voilà au milieu de l’intimité conjugale avec Daryl Hannah. Autant que sur le temps qui passe, la chanson porte sur la répétition, les rituels des jours et la permanence de l’amour malgré les petites crises qui peuvent surgir. « The love in my heart is here today / Strong, just the way I felt for you yesterday » (L’amour dans mon cœur est là aujourd’hui / fort, exactement comme je le ressentais pour toi hier). Au final, il attend sa femme, qui descend les escaliers, et va lui préparer une tasse. On l’avait compris avec Talking to the Trees l’année dernière : Neil Young se concentre sur sa famille et ses souvenirs, l’écologie et ses critiques contre Donald Trump. Ce dernier n’est présent que dans une strophe ici, mais Daryl Hannah est partout : Earth Girl, bien sûr, mais surtout le très réussi I’ll Love You Forever, qui a une sacrée histoire puisque sa version primitive a été enregistrée par les Squires en 1964. Elle existe déjà sous une forme embryonnaire dans le volume 1 des Archives. Cette relecture, 60 ans plus tard, par un vieil homme à la voix moins assurée, déclaration d’amour à une femme qui n’est pas celle pour laquelle elle a été écrite, est tout simplement bouleversante, et la chanson est magnifique. La date de l’écriture nous fait pardonner une strophe que, probablement, il n’écrirait plus aujourd’hui : « You’re just the kind of girl / That I wanted you to be » (Tu es exactement le genre de fille / que je voulais que tu sois).

Casting Me Away from Home est à peine plus récente, puisqu’elle date de 1965 ! Derrière l’apparente légèreté de la composition, du classique avec l’harmonica qui va bien, on comprend que l’on a affaire à un hommage à son ami d’enfance de Toronto, Comrie Smith, décédé en 2009, avec qui il chantait ce morceau en duo.

Et puis il y a ces neuf minutes dont on va beaucoup parler, Soon I Might Be Going. Pour son titre crépusculaire, bien sûr, qui annonce sa fin proche, mais aussi parce que c’est le seul à laisser surgir des rugissements électriques : « Old Black » reprend du service avec des grondements qui rappellent ceux de la bande-son de Dead ManNeil Young semble presque détaché, entre souvenirs de voyages dans les montagnes Rocheuses, paysages urbains devenus méconnaissables, rues, vieille église et démolition de l’aile Est de la Maison-Blanche, transformée en symbole d’un monde qui change et nouvelle occasion de tacler ce président détesté. C’est évidemment le meilleur titre d’un disque qui ne va musicalement rien apporter de plus à la carrière de Neil Young, mais qui figurera sans peine parmi ses meilleures offrandes de ces dix dernières années.

Nous en espérons encore beaucoup d’autres.

Laurent FEGLY

Neil Young and The Chrome Hearts – Second Song
Label : Reprise Records
Date de sortie : 17 Septembre 2026

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