Des années après la disparition de l’un d’entre eux, des amis se retrouvent pour affronter le danger auquel ils ont dû faire face adolescents. A partir de ce motif emprunté à Stephen King, Chuck Wending construit un récit original et passionnant, et qui doit beaucoup aux jeux de rôle et aux jeux vidéo.

Autant commencer par là : oui, l’ombre du chef d’œuvre de Stephen King, Ça, plane sur le début du roman de Chuck Wending. En effet, dans L’Escalier dans les bois, l’écrivain américain imagine un groupe d’amis : adolescents, ils ont été unis comme les doigts de la main, puis ils se sont perdus de vue après que l’un d’entre eux a mystérieusement disparu en empruntant les marches d’un escalier inexplicablement apparu dans une forêt où ils étaient partis camper.

Si le roman commence en racontant les retrouvailles d’Owen, Lore, Hamish et Nick, de nombreuses analepses vont venir compléter une vaste histoire qui se développe sur 500 pages. On imagine évidemment que Chuck Wending avait parfaitement conscience de la proximité de son histoire avec celle du célèbre roman de Stephen King. On peut donc considérer ce point de dpart comme un emprunt assumé, voire un l’hommage de la part d’un auteur qui connaît parfaitement la pop culture. La littérature de genre mais aussi les jeux vidéo et les jeux de rôle vont d’ailleurs petit à petit infuser dans son roman. En effet, lorsque l’escalier réapparaît et que les quatre amis l’empruntent en espérant retrouver leur copain disparu, le récit prend une direction passionnante, assez éloignée de celle choisie par King dans Ça.
En effet, Owen, Lore, Hamish et Nick se retrouvent prisonniers d’une maison aux contours mouvants. A chaque fois qu’ils ouvrent une porte, ils découvrent une pièce qui n’était pas là quelques minutes plus tôt et qui disparaîtra lorsqu’ils la quitteront. En d’autres termes, les voilà piégés dans un univers dont ils ne pourront cerner les contours qu’en s’y aventurant, quitte à s’y perdre définitivement. Lore et Owen, grands amateurs de jeux vidéo, ne tardent pas à comprendre qu’ils doivent finalement agir comme tout joueur de jeux de rôle ou de jeux vidéo. A une nuance près : ils ne peuvent être totalement sûrs de réalité de ce qu’ils sont en train de vivre…
L’Escalier dans les bois s’apparente donc à une sorte de quête : quête pour retrouver Matty, l’ami disparu, et quête pour trouver la sortie du labyrinthe. Evidemment, la plupart des pièces arpentées ressemblent à de véritables cauchemars et les dangers qui guettent nos héros sont multiples. Cette seule dimension, qui répond parfaitement au cahier des charges d’un roman fantastique, suffirait à rendre le roman passionnant. Mais Chuck Wending a sans doute appris de ses lectures de Stephen King qu’un bon livre tient aussi et beaucoup à ses personnages. Ceux de L’Escalier dans les bois peuvent apparaître, de prime abord, comme des ersatz du club des Ratés de Ça, mais ils gagnent progressivement en épaisseur et deviennent très vite attachants. Owen et Lore, les deux protagonistes les plus développés du livre, sont plein de doutes, de failles et de fêlures qui les rendent évidemment très touchants mais aussi, par moments, assez ambivalents. En effet, leur errance dans cette maison cauchemardesque devient vite une aventure intérieure tant les pièces parcourues semblent se nourrir de leurs angoisses, de leurs souffrances les plus secrètes. De nombreuses blessures mal refermées viennent les torturer et Chuck Wending ne nous cache rien des pensées de ses personnages, y compris les plus viles, celles dont ils ont eux-mêmes honte.
On l’aura compris, L’Escalier dans les bois est un roman passionnant, un peu trop long sans doute, mais son univers mouvant – qui peut rappeler celui de Backrooms – et ses personnages faillibles et humains constituent de belles réussites. On était passé à côté de son précédent livre, Somnambules – le premier roman de Wending traduit en français – mais, après avoir découvert cet Escalier dans les bois, on sait que l’on sera au rendez-vous du prochain.
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Grégory Seyer
